L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage de Haruki Murakami

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinageL’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage est le dernier livre de Haruki Murakami, paru en septembre dernier et présenté par de nombreuses critiques comme une œuvre moins sombre, flottant dans une sorte de mélancolie apaisée.

Cela ne correspond pas exactement à mon sentiment de lectrice. A mon sens, la particularité de ce roman tient surtout dans le caractère volontariste du protagoniste, qui à un moment donné, parvient à définir ses priorités pour agir en conséquence. Souvent, dans les livres de Murakami, les protagonistes sont spectateurs de leur propre existence. Ils acceptent ce qui leur arrive sans vraiment se poser de question, c’est d’ailleurs le mécanisme par lequel le surnaturel, la fantaisie, finit par advenir et par se confondre avec la réalité, ou plutôt, par devenir une réalité parmi d’autres et perméable à d’autres.

Tsukuru Tazaki se trouve dans cette position au début du roman. Il a accepté l’idée qu’il était, d’une certaine manière dépourvu d’identité à la suite d’événements qui l’ont amené à réprimer ses affects. Puis, il sort de sa torpeur, prend sa vie en main en explorant son passé. En cherchant à comprendre ce qui est advenu il y a plus de quinze ans, il rassemble les pièces de son propre puzzle pour redécouvrir sa propre identité et prendre les décisions qui s’imposent compte tenu de ses propres priorités.

Mais pour cela, il doit passer par la tourmente du reflet offert par le miroir des autres et par ce à quoi il est forcé d’admettre qu’il n’a pas pu/voulu s’y confronter. C’est dans ce sens que ce roman me paraît plus violent que les autres écrits de cet auteur, parce que Tsukuru Tazaki vit sa cruauté de l’intérieur, parce qu’il est ébranlé dans les fondements de son être et non simplement plongé dans une intrigue qui le dépasse ou un monde qu’il ne comprend pas. C’est de lui, dont il doute, pas métaphoriquement mais explicitement.

Sortir de l’immobilisme, établir ses priorités, prendre sa vie en main, autant d’épreuves dont la réussite repose sur la capacité de chacun à être soi, à s’éprouver et à s’assumer, cette petite chose toute simple qui pour certains est pourtant la tâche la plus difficile à accomplir. Et c’est avec maestria que Murakami décrit le miracle d’un éveil à la vie vraie et à l’amour véritable, dans un cadre qu’il met brillamment en place au moyen des ingrédients qu’on lui connaît : références musicales, retours sur le passé, récits d’amitiés, multiplicité des lieux publics, des lieux de passage où l’on peut s’épier en train d’observer les autres pour mieux pénétrer sa propre intimité.

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3 commentaires

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  1. Merci pour cette magnifique chronique de ce livre car elle décrit très bien mon sentiment et est merveilleusement bien écrite !