Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère… et retrouvé l’amour de S.G. Browne

Comment j'ai cuisiné mon père

Croyez-en Andy, la non-vie de zombie n’est pas de tout repos ! Une fois passé le traumatisme  de revenir d’entre les morts dans un état de décomposition avancé, il faut encore se faire à l’idée que plus rien ne sera comme avant…

La mort, en plus de vous laisser salement amoché (une cheville cassée, des cordes vocales bousillées), vous retire tous vos droits fondamentaux de citoyens ! Heureusement pour Andy, plutôt que de l’envoyer comme cobaye dans un laboratoire ou de le vendre comme mannequin pour les crash-test, ses parents ont décidé de le garder auprès d’eux… enfin, pas trop près tout de même ! Entre l’odeur persistante de viande avariée et la honte d’avoir engendré une telle monstruosité, Andy a été remisé dans la cave à vin, condamné à descendre de grands crus sans en ressentir le goût ni les effets ! Alors, pour s’extraire de cette solitude pesante, Andy va chaque semaine aux MVA, les Morts-Vivants Anonymes, où chacun  tente de voir sa transformation du bon côté… Pas facile quand on sait que l’on peut finir à tout moment démembré par une bande d’humains surexcités ou enfermé dans une cage à la SPA en attendant d’être récupéré par ses « propriétaires » ! Heureusement, la rencontre avec Ray, un zombie indépendant toujours prêt à partager un bocal de chevreuil, pourrait bien ressouder le petit groupe autour d’un objectif commun…

Vous l’aurez compris, « Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère… et retrouvé l’amour » n’est pas tout à fait un roman de zombies comme les autres… On est loin des créatures affamées, lentes et sans cervelle auxquelles nous ont habitués Romero et Walking Dead… Ici les zombies peuvent courir (quand ils n’ont pas la cheville cassée !), ont une conscience, mangent autre chose que des humains (mais c’est encore ce qu’il y a de meilleur…) et ont des sentiments ! Bref, ce sont « presque » des gens comme vous et moi, qui ne demandent qu’à être acceptés dans notre société sans être considérés comme des pestiférés…

En faisant d’Andrew le narrateur de son histoire, S.G. Browne prend le contre-pied d’un mythe aussi populaire que celui des zombies et nous offre un roman à la fois original et décapant ! L’expérience de la non-vie nous est racontée de l’intérieur, avec tous les inconvénients, parfois triviaux, auxquels elle est confrontée. Du coup, on se prend d’affection pour cet anti-héros d’un nouveau genre qui n’aspire qu’à une chose : retrouver sa dignité et être considéré comme un être doué de raison et non comme un animal.

Amateurs du genre, n’ayez crainte !  S.G. Browne n’oublie pas la nature réelle de ses personnages et, sous leurs dehors bien-pensant, l’instinct est bien présent… L’histoire s’ouvre tout de même sur les parents d’Andrew retrouvés découpés dans le congélateur… Alors oui, l’auteur parvient à mélanger avec brio sentiments, hémoglobine, éloge de l’amitié et cannibalisme, le tout sur fond de critique virulente  de notre société et de l’hypocrisie qui la gouverne. Bref, un roman corrosif, plein d’humour  et de mordant qui offre un excellent moment de lecture !

Je tiens à remercier vivement Livraddict et les éditions Folio pour cette chouette découverte

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