Le fond de la jarre d’Abdellatif Laâbi

Résumé :
Qu’y a-t-il dans le fond de la jarre ? C’est le mystère des vieux pots, ou plutôt du flacon magique : on ne sait ce qu’il contient mais on l’ouvre avec un frisson délicieux. Et qu’en sort-il ? Une vraie cour des miracles, avec ses personnages extravagants, doux marginaux ou folles de Dieu au verbe acéré. Une curieuse nuit de noces, où l’on ne brandit pas le seroual taché de sang. Un oncle fugueur amateur de kif, se transformant la nuit en un auguste Homère. Un pique-nique initiatique où un enfant fait d’un radis une madeleine. Et l’âme d’une ville, ou ses tripes. Fès, en l’occurrence, mais le Fès d’un Maroc disparu, sur fond de protectorat français et de lutte pour l’indépendance.

Au centre de ce théâtre à ciel ouvert, l’enfant, pris dans une tourmente de découvertes ébouriffantes et de déconvenues cuisantes. En ombre tutélaire, Ghita, la mère, jamais à court d’imprécations et de reparties truculentes, une tendre furie, féministe avant l’heure.

Fiction ou autobiographie ? Ce récit brosse un tableau surprenant d’une ville et d’une époque.

Critique :
On découvre les souvenirs d’enfance de l’auteur, dans la ville de Fès, au Maroc. Les histoires et anecdotes se succèdent, et nous font véritablement voyager dans l’espace, mais également dans le temps, puisqu’elles nous font découvrir Fès telle qu’elle n’existe probablement plus aujourd’hui. Les personnages rencontrés, que ce soit la famille de Namouss (surnom de l’auteur), ou les gens de la médina, sont tous pittoresques et savoureux. L’auteur lui-même est très attachant. Leur mode de vie peut paraitre incroyable vu les conditions que l’on a en France aujourd’hui. Pourtant, certains éléments qui nous semblent aujourd’hui un peu étranges (connaitre tout le monde dans la ville, la proximité et l’entraide entre voisins) peut rendre nostalgique.
Le style est très agréable,  très fluide, sans pour autant céder à la facilité. Beaucoup d’images, de couleurs, d’odeurs viennent à l’esprit au fil de la lecture. Les descriptions des repas m’ont ainsi donné particulièrement faim !
J’ai particulièrement apprécié les passages sur la découverte de l’école et du français (l’auteur a grandi à l’époque du protectorat français au Maroc) et sur le ramadan. C’était la première fois que j’en entendais parler du point de vue d’un musulman vivant dans un pays arabe, et j’ai eu l’impression d’un peu mieux comprendre cette tradition. Les mouvements pour l’indépendance du pays sont également racontés du point de vue des marocains. Là aussi, c’était intéressant de découvrir ce point de vue ; bien souvent, l’on n’entend parler en France que de la situation des soldats et colons, sans trop imaginer ce que pouvaient penser les habitants des colonies.

En résumé, un livre formidable, pour découvrir un pays qu’on ne connait tout compte fait pas tant que ça. Les souvenirs d’enfance de l’auteur font voyager, à l’aide d’un style très agréable. Je pense me pencher sur le reste de la bibliographie de Laâbi.
Je remercie vivement le site Livraddict et les éditions Folio de m’avoir permis de découvrir ce livre et cet auteur !

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