Le dernier Baiser de James Crumley

Le dernier baiserLe dernier baiser (The Last Good Kiss) – James Crumley
1978

« Tu pourrais t’amener ici dimanche comme ça sur un coup de tête.
Disons que ta vie ne tient plus le choc.
Le dernier baiser qui a compté pour toi c’était il y a des années.
Tu marches dans ces rues tracées par des fous.
Tu passes devant des hôtels qui n’ont pas tenu le coup. Pas comme les bars, les rois du volant du coin se donnent bien du mal juste histoire d’accélérer leur vie… »

Richard Hugo.  in Gris dégradé à Philipsburg

« Quand j’ai finalement rattrapé Abraham Trahearne, il était en train de boire des bières avec un bouledogue alcoolique nommé Fireball Roberts dans une taverne mal en point juste à la sortie de Sonoma, en Californie du Nord ; en train de vider le cœur d’une superbe journée de printemps. Trahearne en était à près de trois semaines de foire et de balade, et avec ses fringues kaki toutes fripées, le grand homme ressemblait à un vieux soldat au bout d’une longue campagne qui essaierait de faire durer ses bières pour faire passer le goût de mort qu’il avait dans la bouche.»

Ce sont les premières phrases du polar écrit par James Crumley (1939-2008), membres des Ecrivains du Montana dont le poète Richard Hugo était le chef de file, et publié en 1978. Ce livre est le premier de la série ayant pour personnage principal C.W. Sughrue, détective privé et, à ses heures perdues, barman.

Cette lecture a été une agréable découverte : l’histoire, bien que peu évidente à aborder, ne tarde pas à nous happer, nous empêchant ainsi littéralement de quitter un seul instant Sughrue. Crumley arrive à créer une complicité entre ses personnages et le lecteur qui suit pas à pas les pérégrinations du détective au côté de l’écrivain alcoolique qu’est Trahearne à la recherche de Betty Sue Flowers. Cette complicité est sans aucun doute due à la syntaxe et au vocabulaire utilisés par le romancier qui se veut familier. De plus, James Crumley a su imprégner son histoire d’un rythme qui ne retombe pas tout au long du livre, relançant toujours l’histoire lorsque le lecteur ne s’y attend pas, même lorsque l’on pense, à tort, que la situation finale nous apparaît enfin.

L’enquête dont est chargée Sughrue, retrouver Thrahearne qui fait la tournée des bars d’Ouest en Est des Etats-Unis – ce qu’aucun détective n’a réussi avant lui – se complique lorsque Rosie, la gérante du bar où il retrouve enfin l’écrivain en train de se soûler avec un chien nommé Fireball, lui demande de se pencher sur la disparition de sa fille, Betty Sue Flowers, près de dix ans plus tôt. Le détective alcoolique, lui aussi, est d’abord peu intéressé par l’affaire, la jugeant trop vieille. Mais finalement, il débute son investigation, ensorcelé, comme d’autres avant lui, par la beauté de la jeune disparue.

Il s’ensuit comme un road trip de la Californie du Nord au Montana en passant par le Colorado à la recherche du passé de la jeune fille, lequel se dévoile phrase après phrase, rencontre après rencontre, au lecteur. Cette traversée de l’Amérique, bercée par l’alcool et les divers bars et tavernes que fréquentent Sughrue et Trahearne tout au long de leur recherche, se fait avec des personnages que Crumley n’a de cesse de rendre humains, et par là-même attachants. Ces anti-héros qui n’ont rien pour eux, tant sur le plan physique – leur corps étant marqué par les beuveries répétées dont ils sont les acteurs – que sur le plan moral – les deux protagonistes n’inspirant, de prime abord, aucune sympathie au lecteur. Néanmoins, tout au long de l’histoire, on ne peut que s’attacher à ces bras cassés, ces deux hommes que la vie a abîmés, et l’on arrive à la dernière ligne avec de l’amitié pour C.W. Sughrue.

C’est donc avec un pincement au coeur de devoir le laisser sur le bord de la route que l’on referme ce livre relatant l’une des enquêtes de C.W. Sughrue.

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