Heureux les heureux de Yasmina Reza

Heureux les heureuxUn grand merci à Livraddict et à Folio pour l’opportunité de lire Heureux les heureux, de Yasmina Reza.

Présentation de l’éditeur :

« J’ai commencé à éprouver un sentiment, je veux dire un vrai, à ce moment-là. En sortant de la voiture, à Wandermines, sous la pluie. On ne parle pas assez de l’influence des lieux sur l’affect. Certaines nostalgies remontent à la surface sans prévenir. Les êtres changent de nature, comme dans les contes. Au milieu de cette confrérie en habits du dimanche, se pressant vers la mairie pour échapper aux gouttes, tenant le bras d’Odile pour l’aider sur le parvis glissant, j’ai éprouvé la catastrophe du sentiment ». Glissant de la mélancolie à l’humour, Yasmina Reza dessine avec Heureux les heureux une constellation moderne de personnages confrontés à l’impasse sentimentale. »

Mon avis :

Heureux les heureux est la première œuvre non théâtrale de Yasmina Reza qui me passe dans les mains. Il s’agit d’un recueil de récits courts centrés sur des moments de vie et racontés à la première personne par des personnages qui se croiseront les uns les autres dans diverses situations, parce qu’ils sont amis, amants, époux, etc.

On pourrait saluer la justesse des dialogues, toujours pertinents, toujours vraisemblables et l’immense talent de dramaturge de Yasmina Reza.
On pourrait saluer le tour de force qui consiste à se glisser élégamment dans la peau d’hommes et de femmes de tous âges et professions et de parvenir à prendre la parole en leur nom avec une efficacité égale.

On pourrait saluer la finesse de la forme, chapitres ultra-courts, phrasé sec, percutant, absence de fioritures, cruauté.
On pourrait saluer la grande richesse des personnages, jamais simples mais toujours  abordables même lorsqu’ils sont aux antipodes de ce qu’est le lecteur en termes de genre, d’âge et de milieu social.

On pourrait. On reconnaîtrait ainsi à Yasmina Reza le talent qu’elle déploie dans cette œuvre virtuose, véritable diamant à multiples facettes.

Mais ce serait passer sous silence l’intérêt fondamental de ce texte, qui se lit non avec la tête mais avec les tripes. Sans cesse, j’ai été ébahie, soufflée, émue par ces personnages cabossés, en crise, qui mettent entre eux et la réalité le bel écran que l’on sait tous déployer pour ne pas voir ce que l’on refuse d’admettre. Que l’on se soit déjà impuissant, bafoué, insatisfait, cynique, résigné, humilié, trahi, désespéré, amer, on se reconnaîtra forcément, une ou plusieurs fois, dans cette galerie d’instantanés qui met en scène les rapports de force, affichés ou dissimulés, qui structurent les relations entre les êtres.

J’ai été soufflée, bluffée par ce texte court dont je veux saluer avant tout la grande puissance et la grande richesse émotionnelle.

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