Compte-rendu de la rencontre avec Victor Dixen

Ce dimanche 24 novembre, nous accueillions Victor Dixen, auteur de la série Le cas Jack Spark, à l’occasion de la sortie de son dernier roman, Animale, tome 1 : La Malédiction de Boucle D’or. Voici le compte-rendu de cette rencontre, que vous pouvez lire dans son intégralité ici.

EnjoyBooks : Question toute simple : Pourquoi le conte de Boucle D’or ?

VD : Je n’ai pas vraiment choisi le conte de Boucle d’or, c’est plutôt lui qui s’est imposé à moi, lors d’un rêve où je m’approchais d’une chaumière sans pouvoir l’atteindre. C’est au réveil que j’ai établi le lien avec Boucle d’or, un conte que j’avais à moitié oublié mais dont la relecture m’a aussitôt posé une question : que devient Boucle d’or  après avoir été découverte par les trois ours, et s’être enfuie dans la forêt…

La-Chronibook : Comment vas-tu approfondir l’univers de Blonde dans le deuxième tome ?

VD : Il est vrai qu’Animale – La disparition de Boucle d’or – raconte une histoire complète, avec ce qui ressemble à une fin. Toutefois, il me semble que Blonde n’a pas encore totalement accompli son destin au terme de ce roman. Il reste encore bien des mystères à percer, des innocents à sauver et des coupables à châtier. Blonde s’est révélée à elle-même dans ce premier tome, c’est une flamme qui s’est allumée – je suis sûr qu’elle va incendier le monde. Permettez-moi de ne pas en dire davantage pour l’instant… vous savez que j’aime le suspense 😉

Melo561 : Avez-vous commencez d’ecrire le tome 2 ?

La-Chronibook : Houlala ! J’ai encore plus envie de lire cette suite, tu penses que le tome 2  sera terminé pour quand ?

VD : Comme je l’ai écrit un peu plus haut, j’aime ménager le suspense… mais sachez que mes nuits d’écriture sont bien occupées !

Shape : Pourquoi avoir choisis les Vosges comme lieu de votre histoire ?

VD : J’ai découvert la région des Vosges à l’occasion du festival des Imaginales, auquel je me suis rendu pour la première fois pour le premier tome de Jack Spark, puis les années suivantes sans jamais manquer une édition. C’est devenu un vrai rendez-vous. Du coup, pour moi, la région des Vosges est intimement liée à l’imaginaire, c’est le prisme par lequel je la vois. Ces forêts profondes, ces rivières bruissantes, cette frontière avec le monde germanique et ses légendes : tout cela m’intrigue, m’inspire.

stephy21 : Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?

VD : Ce qui me pousse à écrire ? Cela vient d’un besoin que j’ai toujours eu de raconter des histoires, de m’immerger dans des univers parallèles. Lorsque je me réveille très tôt  avant le lever du jour, le monde réel n’existe presque plus – tout est silencieux, recouvert par le drap noir de la nuit. Alors je m’efforce de peupler ce silence et ce vide avec des personnages et leurs histoires. C’est pour moi un rituel : mon rituel d’écriture.

Ash&Tea : Lorsque vous avez commencé a écrire Animale (et lorsque vous écrivez en général), vous saviez déjà comment l’histoire se déroulerai ou bien aviez vous une idée et après c’est votre instinct qui vous guidez dans votre écriture?

VD : La plupart du temps, je compose la trame générale de mon roman avant de me lancer dans l’écriture, mais ce n’est encore qu’une ébauche, un crayonné approximatif. Les couleurs viennent au fil de la rédaction… et il m’arrive souvent de débouder du motif. Alors oui, pour moi l’écriture c’est à la fois un itinéraire et une découverte. C’est fantastique de se perdre en écrivant !

Ash&Tea : Oui c’est vrai que ça doit etre difficile de suivre un shéma lorsque l’imagination ne demande qu’a sortir.

VD : Suivre des schémas, c’est à la fois une contrainte et un moteur je pense. En fait, il me semble que les contraintes sont le meilleur stimulant pour la créativité !

ImagIn : Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire Animale, mais j’ai lu le prélude et j’avoue qu’il m’a laissé… comment dire… profondément perplexe ! Quelle rapport entre Boucle d’or et l’armée de Napoléon ?

VD : Le Prélude est en effet assez différent du roman, bien qu’il en constitue la lointaine introduction. Je voulais raconter avec ce Prélude une histoire autonome avec un vrai début et une vraie fin, pas une simple mise en bouche qui laisserait un goût de trop peu au lecteur. Quant au lien entre Boucle d’or et l’armée napoléonienne… eh bien je suppose qu’il faut se plonger dans les pages d’Animale pour le découvrir ! 😉

Juliah : Ce prélude est d’ailleurs d’une qualité littéraire extraordinaire ! L’avez-vous beaucoup retravaillé, retouché, ou est-il venu spontanément ainsi, avec ces mots et ces images si marquantes, brutes et violentes ?

VD : Ce que vous dîtes sur le Prélude me fait plaisir. J’ai fait beaucoup de recherches sur la campagne de Russie, parce que je savais que c’était là que tout devait se nouer, je sentais que c’était le point d’origine, l’ancrage de l’univers d’Animale. Ensuite, fort de ses recherches, le Prélude s’est écrit spontanément, un peu comme une symphonie ou une marche militaire qui se déploie… J’espère avoir réussi à rendre le rythme de cette campagne tragique, cette marche triomphante qui se transforme en marche de retraite, la fameuse »Boîteuse »…  que je vous invite à écouter ici.

Stephy : Je viens de le télécharger !!! Le lire après le roman ne pose pas soucis ?

VD : Comme il a été dit, je pense que vous pouvez lire le Prélude après le roman, cela vous offrira un autre éclairage. Bonne campagne de Russie… et couvrez-vous bien !

Le Souffle des Mots : Je n’ai pas encore eu le plaisir de lire votre livre, mais je vais le commander pour Noël. Comment, vous, décririez-vous votre propre bouquin ?

VD : Décrire son propre roman ! La torture que tous les auteurs craignent, mais je me doutais que la question devait bien arriver 😉 Eh bien je dirais que c’est l’histoire d’une jeune femme en lutte avec sa part animale, d’une affranchie qui va défier tous les préjugés de la société de son temps à l’égard des femmes, d’une passionnée capable d’aimer avec la rage d’une bête sauvage !

Le Souffle des Mots : Haha j’ai été bien méchante avec cette question ! C’était fait exprès, parce que moi-même je ne peux pas décrire ce que j’écris et je me demandais ce que ça faisait pour un auteur de devoir décrire son livre. J’arrête d’être vilaine alors, et merci d’avoir répondu ! (: J’ai hâte de le lire !

VD : En même temps, c’est un excellent exercice pour un écrivain de tenter de résumer son livre. Les Américains enseignent cela dans les cours de Creative Writing : ils encouragent à rédiger un synopsis en quelques lignes, avant même de se lancer dans la composition du roman lui-même. Cela oblige l’auteur à préciser ce dont il veut VRAIMENT parler dans son histoire, à toucher le coeur de son sujet, et à rester centré au cours de cette longue expédition pleine de périls que constitue l’écriture d’un roman. A essayer pour vos propres travaux d’écriture ? 😉

Lycandra : Personnellement je me suis retrouvée dans votre roman et votre prélude dans un univers assez ancrée dans la littérature. Rien que le thème choisit du conte. Mais j’ai également vu une référence à Gargantua et j’ai l’impression avec Gabrielle et de Blonde d’avoir retrouvée une légère trace du personnage de Mme Bovary. Quels auteurs vous ont inspiré? Et surtout, quels sont vos auteurs favoris?

VD : Où avez-vous vu la trace de Gagantua ? ça m’intéresse ! Pour Mme Bovary, oui peut-être, car il y a la question de vivre sa vie dans l’imagination ou d’oser la vivre dans le monde : une question qui se pose aussi bien à Blonde qu’à Gabrielle. Mes auteurs favoris sont très nombreux, j’en ai dressé une liste pour Actualitté – Les Histoires sans fin, récemment : Ici. Spécifiquement pour Animale, j’ai relu les témoins de la période napoléonienne, ou la génération qui a juste suivi : Hugo, Chateaubriand entre autres. Mais je crois qu’il y a aussi une petite influence lovecraftienne, si on creuse bien… 😉

Lycandra : Oui! Grandgousier dans le prélude! C’est léger et je sais pas vraiment si c’était voulu Haha.. Mais ça m’a fait sourire en tout cas! Oui et surtout ce commencement dans un couvent. Bon, l’intrigue à un tout autre but mais cependant j’ai trouvé certaines similarités.

VD : Bien vu ! Le nom du personnage de Rabelais me semblait parfaitement convenir au tambour major, avec sa voix de stentor ! Pour le couvent, je n’avais pas fait le lien mais qui sait ? Il existe peut-être dans mon inconscient… 😉

Melo 561 : Quand avez-vous écrit votre premier livre, sans l’avoir édité ?

VD : J’ai beaucoup de manuscrits, poèmes, et autres écrits qui dorment dans mes tiroirs, mais le Cas Jack Spark est mon premier roman édité.

Bykiss : Pour ma part, j’avais déjà fait ma curieuse et je sais ce qui se cache derrière La malédiction de Boucle d’Or. Ce qui m’intéresserait de découvrir aujourd’hui, c’est votre parcours. Je suis intéressée par les éditions Gallimard et je pense en faire un exposé en classe, ce serait génial d’en apprendre plus sur votre expérience en tant qu’auteur. Comment s’est faite la rencontre avec Gallimard ? Comment s’est fait le transfert entre les éditions Gawsewitch et Gallimard ? Ont-ils directement accepté votre idée de la réinterprétation du conte de Boucle d’Or ? Y a-t-il eu beaucoup de travail à faire ? Tout m’intéresse vraiment, donc si vous avez des anecdotes…

VD : Merci pour votre message, qui pose plusieurs questions. La rencontre avec Gallimard s’est faite au salon Etonnants Voyageurs en 2010 à St Malo. Je participais à une table ronde avec Lian Hearn, l’auteur du Clan des Otori, ce qui a poussé Christine Baker à s’intéresser à Jack Spark. C’est ainsi que Gallimard publie les versions poches de la série sparkienne, dans leur collection Pôle Fiction. C’est également ainsi que j’ai rencontré les équipes Gallimard. J’ai eu la chance que le manuscrit d’Animale plaise chez Gallimard en première lecture. Il y a eu un peu de retravail toutefois grâce à l’oeil avisé de mon éditrice Laure et de mon agent Constance. C’est pourquoi le rôle des éditeurs est crucial, indispensable.

Juliah : Quelle chance !!! Les auteurs ont vraiment une vie trépidante! Les tables-rondes, les dédicaces, les salons… J’imagine les rencontres de rêve que vous devez faire !

VD : Je ne vous cache pas que c’est vraiment un bon côté de la vie d’écrivain… et en même temps c’est nécessaire parce que l’écriture est une activité très solitaire. Retrouver les collègues et amis auteurs, rencontrer ses lecteurs en chair et en os, cela vous gonfle d’énergie, cela donne encore plus de sens à l’écriture. En ce sens, les salons sont de vraies fêtes. Certains sont devenus des rendez-vous que je ne manquerait sous aucun prétexte !  Et puis c’est vrai, les tables rondes sont quelque chose ! Il y a toujours un peu de trac – quel sujet va me tomber dessus ? – mais au final on retombe sur ses pattes, et même si on sèche ce n’est pas si grave…

Bykiss : Merci pour vos réponses ! Je pense aussi que le rôle de l’éditeur est important, mais vous avez pu garder une grande part de liberté tout de même ? Y a-t-il eu des points sur lesquels vous n’étiez pas d’accord ? Le choix du titre est-il entièrement le vôtre par exemple ? Avez-vous eu votre mot à dire pour la couverture ? Y a-t-il déjà un accord pour la publication de la suite des aventures de Blonde ? Est-il déjà question d’une sortie en format poche de Boucle d’Or chez Gallimard ou une autre maison ? Espérez-vous voir votre histoire dans d’autres maisons et même traduite ? Désolée de vous ensevelir sous les questions, c’est un aspect du monde des livres qui m’intéresse beaucoup et je me suis toujours demandée comment tout cela se passait entre écrivains et éditeurs. Je trouve que Gallimard est vraiment une maison d’édition de qualité et je suis heureuse qu’ils vous aient trouvé ! Sinon, seriez-vous d’accord d’écrire sur commande, sur un thème imposé ? Vous dites que les contraintes sont stimulantes, mais au point de vous laisser dicter le contexte de votre histoire ?

VD : Oui, j’ai eu la chance de bénéficier d’une grande liberté. Mais en même temps, je suis demandeur d’un regard extérieur, de commentaires, de contre-propositions. Il y a toujours des points que l’on peut discuter, et c’est cela qui est bien. Il faut garder à l’esprit que l’on est tous dans le même camp, avec un même objectif : améliorer le texte, lui donner sa forme idéale. Cela se cristallise dans le titre. Certains éditeurs excluent l’auteur de la réflexion sur le titre, considérant que c’est leur métier. Je trouve cela dommage, et j’ai toujours eu la chance de travailler avec des éditeurs m’associant pleinement à cette réflexion. C’est ainsi que j’ai présenté le titre Animale parmi d’autres propositions, et l’avis général s’est arrêté dessus. J’en suis très heureux ! Pour ce qui est de la couverture, même chose, les éditeurs travaillent parfois de leur côté, mais avec Gallimard nous nous sommes dit que Mélanie Delon était vraiment la personne capable de donner un visage à Blonde ! Voilà pour la genèse d’Animale… pour le reste, pour l’avenir – adaptations, traductions, et autres, des chantiers sont en cours… Ecrire sur un thème imposé ? J’adore ça ! Je crois vraiment que les règles aident à mieux écrire… ne serait-ce que parce que l’on peut les transgresser, les retourner, les aborder sous un angle inattendu !

Ali : Quelles ont été vos inspirations pour l’écriture du cas Jack Spark ?

VD : J’ai puisé l’inspiration pour le Cas Jack Spark en partie dans mon histoire personnelle. Comme Jack, j’ai été un ado insomniaque qui a fait de fréquents séjours en cliniques du sommeil, bardé d’électrodes et de capteurs.  Une expérience assez étrange je dois dire ! Et puis je me suis aussi inspiré du Colorado où j’ai vécu, une région magnifique « larger than life », où tout est démesuré à commencer par la nature. Pour le reste, si vous avez lu Jack Spark, vous savez que les contes de fées ne sont jamais loin chez moi… 😉

Juliah : A ce propos, avez-vous lu le fameux « Psychanalyse des contes de fées » de Bettelheim? C’est une source formidable de réflexions sur les contes de fées et leur résonance dans nos vies. Je ne peux que le conseiller aux lecteurs qui ont aimé vos livres et qui apprécient les contes de fées, même une fois adulte. C’est une lecture facile et fascinante !

VD : Oui oui, vous avez tout à fait raison d’en parler, c’est un livre de référence qui dit des choses très vraies sur les contes. Si je me souviens bien,  Bettelheim voit le conte Boucle d’or comme une mise en garde contre la transgression, le respect de la sphère de l’autre : ne mangez pas dans le bol qui ne vous appartient pas, ou sinon… Justement, Animale est une histoire de transgression. Le monde où vivent Blonde et Gabrielle est un monde de règles, de lois, de contraintes rigides, surtout pour les femmes. Vivre pleinement, devenir qui elles sont vraiment ne peut passer que par la transgression… avec le danger qui va avec !

Nathan : Il y a un truc qui me titille moi, c’est que tu arrives à mélanger tous les genres, c’en est époustouflant ! Là tu croises Animale … avec l’Histoire ! Qu’est-ce qui t’a poussé à vouloir placer ton intrigue à cette époque et quelles ont été les difficultés de ce petit travail d’historien ?

VD : L’aspect historique s’est imposé de lui-même quand j’ai entamé mon exploration sur les traces de sur Boucle d’or : j’ai appris que le conte original avait été publié en 1837. C’était là que mon enquête devait commencer ; c’était à partir cette année précise que je devais dérouler ma bobine. De fil en aiguille, de recherches en découvertes, l’histoire s’est tissée. La principale difficulté a sans doute été de ne pas trahir les « histoires » : à la fois l’histoire que je voulais raconter, la trajectoire de ces deux jeunes femmes exceptionnelles, et l’Histoire officielle qui sert de cadre à leurs destins.

Lycandra : C’est très intéressant d’avoir autant pensé votre roman outre de l’histoire principale. Surtout d’y avoir intégré un contexte historique aussi présent. Et puis, je trouve que d’utiliser la place de la femme à cette époque comme centre de l’histoire est intelligent.

VD : J’essaye de me souvenir qu’avant de se trouver figée dans les manuels, l’Histoire a été vécue par de vraies personnes, avec de vrais espoirs, de vrais désirs et de vraies craintes. A leur époque ce n’était pas encore l’Histoire : c’était leur vie, à chacun.  C’est ce que j’ai essayé de rendre dans Animale et dans son Prélude.
Parler des millions de morts de la campagne de Russie ? C’est compiler des statistiques. Retracer le parcours d’un jeune tambour jeté dans l’horreur de la guerre ? C’est dévoiler un destin.

Lycandra : C’est sur que ça a pas le même impact. On a trop tendance à tout catégoriser maintenant de toute manière et de matérialiser les choses. Ça fait du bien de retrouver un tel esprit dans votre roman ^^

VD : La force du roman, de tout roman, ce sont les personnages. Et un bon personnage peut rendre palpable les problèmes qui nous sont les plus étrangers, peut rendre proches les périodes les plus éloignées de nous. En tout cas, c’est ce en quoi je crois !

thib : Est-ce que c’est la série Le cas de Jack Spark qui ta donné une impulsion pour ce roman ? sur le plan de l’écriture/édition ?

VD : Sur le plan éditorial, un premier roman, c’est bien sûr toujours très important car cela met le pied à l’étrier de toute une carrière d’écrivain. J’ai eu la chance que les éditions Gawsewitch publie l’Eté mutant, et que le jury du Grand Prix de l’Imaginaire le distingue. Sur le plan de l’écriture, je crois qu’il y a un terreau commun entre Jack Spark et Animale : les contes, et leurs ressources à mes yeux inépuisables.

HanaShinoLili : J’ai lu « Animale » et j’ai beaucoup aimé : tout en restant « jeunesse », c’est un livre très bien écrit. Avez vous toujours rêvé de devenir écrivain ou l’envie d’écrire vous est venue plus tard?

VD : J’ai toujours raconté des histoires, puis je les ai couchées sur le papier dès que j’ai appris à le faire. Si c’est cela être écrivain, alors je crois que c’est un destin auquel je ne pouvais pas échapper ! ^^

Lycandra : Moi je trouve au contraire que ce livre n’a rien de jeunesse.. Il est très très mature. J’ai beaucoup  aimé cette  façon de tourner la chose et d’arriver à créer quelque chose d’aussi abouti et complexé malgré le public visé!

VD : J’espère que des lecteurs de différents âges peuvent y trouver leur compte. C’est l’objectif secret que je poursuis en tant qu’écrivain. Je crois que lorsqu’une histoire nous emporte, elle estompe les barrières de l’âge. Je le constate en tant que lecteur, qui lit aussi bien des livres estampillés « jeunesse » qu’ « adulte ».

Lycandra : Oui, j’aime beaucoup quand les auteurs parviennent à faire sauter cette barrière de l’age! Je pense notamment à Serge Brussolo qui fait ça merveilleusement bien!

VD : Brussolo est très doué en effet, et quelle inspiration sans cesse renouvelée ! Je ne l’ai pas encore lu en jeunesse, mais j’ai beaucoup aimé certains de ses romans fantastiques comme par exemple Mange-Monde.

Wolfsrain : Votre livre, Animale, que j’ai adoré en passant, est appuyé sur le conte de Boucle d’or. Pensez-vous réitérer l’expérience dans un futur récit en vous inspirant d’un autre conte ?

VD : Voilà qui est tout à fait envisageable ! Je pense que même inconsciemment, les contes et leurs motifs resurgiront dans de futurs livres. Ils sont tellement ancrés en moi, en nous. En fait, je crois qu’ils vivent dans nos têtes, et qu’ils demandent à être racontés, sous des formes sans cesse renouvelées.

Ash&Tea : Si vous devriez associer une musique à votre livre Animale qu’elle serait-elle?

VD : Le Prélude est associé aux marches militaires de l’armée napoléonienne, mais le roman ? J’imagine deux choses, deux mélodies très différentes : d’une par une symphonie pleine de fureur et de violence : Beethoven ; d’autre part une ballade ancienne et très douce fredonnée du bout des lèvres : Aux Marches du Palais, bien sûr ! A écouter ici dans l’une des plus belles versions que je connaisse : Aux Marches du Palais

C’est aussi l’air que siffle Gaspard à Blonde, et la promesse qu’il lui fait :
La belle si tu voulais.
Nous dormirions ensemble, Lonla.
Dans un grand lit carré.
Couvert de teille blanche, Lonla.
Et nous y dormirions.
Jusqu’à la fin du monde, Lonla.
Jusqu’à la fin du monde.

AnGee Ersatz : J’ai acheté Animale parce que j’ai trouvé le résumé intéressant, mais aussi la couverture magnifique! En temps qu’auteur, avez-vous pu intervenir dans la conception de celle-ci?

VD : Oui, comme je l’expliquais nous avons décidé avec les équipes Gallimard de confier la couverture à la talentueuse Mélanie Delon. Elle a un style à la fois réaliste et onirique, à l’image du roman. Je souhaitais que la chevelure de Blonde ait vraiment l’air vivante, animée d’un souffle propre… d’une énergie animale ! Mélanie a admirablement rendu cette idée il me semble.

Sandra : Combien de tomes avez-vous prévu pour la saga Animale? Avez-vous d’autres projets en cours ou en attente d’éditeur?

VD : La première question a été posée, mais j’ai fait une réponse mystérieuse en disant qu’à mon avis, l’histoire ne s’arrêtait pas là 😉
Pour ce qui est des autres projets, oui j’en ai plusieurs qui occupent bien mes nuits. Le plus proche de nous ? Un court roman qui paraîtra dans le Je Bouquine du mois de mars 2014.

Juliah : Plusieurs éléments d’Animale m’ont fait penser à l’excellente série « Azilis » de Valérie Guinot, notamment le contexte historique très réaliste, que ce soit le très Haut-Moyen-Age pour elle ou l’époque napoléonienne pour vous, et aussi… (spoiler). Elle revisite la légende arthurienne du point de vue de Viviane, mais d’une manière très originale, en mêlant des genres très divers. Connaissez-vous cette trilogie? Avez-vous d’autres exemples de ré-écritures de contes ou légendes que vous avez aimé et/ou qui auraient pu vous inspirer?

VD : Je ne connais pas cette série, mais ce que vous en dites me donne envie de m’y intéresser !
Le cycle arthurien est un monde en soi, un tourbillon de personnages, de lieux, de motifs qui depuis toujours me fascine. J’adore l’idée de raconter ce cycle protéiforme du point de vue de l’un de ses personnages clés, et pourtant parmi les plus mystérieux. La Dame du Lac est insaisissable, comme ses motivations, comme l’eau où elle a élu domicile…
J’ai moi aussi essayé de donner la parole  à un personnage ambigu des légendes arthuriennes : il s’agit de la fée Morgane, qui joue un rôle crucial dans la série Jack Spark. J’espère avoir réussi à retranscrire toute l’ambivalence du personnage… et à capter un peu de son magnétisme sulfureux.
En ce qui concerne l’utilisation des légendes et des mythes dans les romans… Le monument du Seigneur des Anneaux puise sa mystique et ses images dans les sagas nordiques tout en les réinventant avec le talent que l’on sait. J’aime aussi certains livre de Roger Zelazny, spécialiste en la matière – par exemple Seigneurs de Lumière qui puise aux sources de la mythologie hindoue.

HanaShinoLili : A propos, parmi vos futurs bouquins, y aura -t-il d’autres livres comme « Animale » riches en références historiques (hormis le tome 2)?

VD : Je crois que dans Jack Spark déjà, l’Histoire jouait un rôle important. Jack s’aperçoit que les racines du camp de Redrock plongent profondément dans le passé. Les méthodes de thérapie utilisées à Redrock s’inspirent directement de techniques étranges et inquiétantes utilisées au XVIIIème siècle pour « soigner » les malades soi-disant possédés. Quant aux créatures qui règnent sur le camp… elles ont marqué de leur sceau bien des époques, et elles sont à l’origine de bien des tragédies.
Alors oui, l’Histoire est pour moi une grande source d’inspiration, et on la retrouvera certainement dans de futurs projets… mais plutôt côté coulisses que côté officiel !

Melo561 : Allez-vous écrire d’autre livre comme Animale, dans le sens de contes ? Hormis le tome 2.

VD : Comme je l’expliquais, je crois que les contes font partie de moi et qu’ils trouveront toujours le moyen de se frayer un chemin jusqu’à la page. Alors oui, très certainement : on les retrouvera bientôt !

Bykiss : Vous avez dit que vous aviez toujours aimé raconter des histoires, tu n’as donc pas eu de révélations à un moment donné ? À quel âge cette aventure concrète a-t-elle commencé, l’écriture de Jack Spark notamment ? As-tu directement trouvé ta voie ? Est-ce que ça a été dur au début (refus de manuscrit, peur de la page blanche, etc.) ?

VD : Je suis passé par pas mal de formes à vrai dire. Quand j’étais vraiment petit, c’était le spectacle, des saynètes improvisées pour qui voulait bien me voir et m’entendre (merci à eux).
En grandissant, je me suis mis à écrire des nouvelles et à dessiner des bédés. J’ai eu une phase poésie à l’adolescence. Puis le roman, progressivement, naturellement, s’est imposé. J’ai commencé à écrire Jack Spark en 2006.
Quant à la peur de la page blanche… j’ai un certain nombre de phobies (les araignées et tout ce qui a plus de huit pattes ; la craie qui crisse sur le tableau ; rendre un manuscrit où il reste des coquilles), mais pas celle-là !

Ash&Tea : Auriez-vous un conseil, un remède, une solution ou une formule magique contre cela, car pour moi et pour beaucoup d’autre je le pense, c’est une vrai phobie, ce moment ou l’on ne sait plus quoi écrire ou même comment l’écrire?

VD : Ma réponse peut sembler un peu paradoxale – je crois que le remède à la page blanche, c’est l’écriture.
Je m’explique : ce qui peut nous empêcher d’écrire c’est souvent la peur de ne pas aller dans la bonne direction, de se croire à cours d’idées ou de ne pas raconter la bonne histoire. Mais toutes ces questions sont sans objet tant que l’on n’a pas commencé à remplir la feuille ! Un mot en appelle un autre, les phrase s’enchaînent, des personnages se dessinent. Est-ce forcément parfait du premier coup, du premier jet ? Non, mais ce n’est pas grave : à présent vous avez un matériau concret que vous pouvez couper, améliorer, aménager, renverser. Ecrire, c’est aussi réécrire.

achille49 : Je n’ai pas lu encore un de vos livres, quel argument me donneriez vous pour lire un de vos livres et lequel ?

VD : Je crois que la lecture, comme l’écriture d’ailleurs, est une affaire d’envie. Alors, je vous conseillerais d’ouvrir un de mes livres si vous avez envie d’être emmené dans un lieu que vous ne soupçonnez pas, par petits pas, par glissements successifs à partir du réel. Je vous conseillerais aussi d’ouvrir un des mes livres si vous avez envie de suivre l’évolution vertigineuse d’un jeune homme ou d’une jeune femme qui s’est toujours senti(e) différent(e) des autres sans jamais réussir à mettre un mot sur cette différence, jusqu’à ce débute le roman. Je vous conseillerais enfin de lire un de mes livres si vous vous réveillez parfois la nuit avec une envie d’ailleurs inexplicable.
Le camp de Redrock ou le couvent Sainte-Ursule ?…
Le Cas Jack Spark ou Animale ?…
Laissez-vous guider par votre envie !
J’en profite pour signaler l’existence de mon site aux lecteurs qui voudraient poursuivre cet échange : www.victordixen.com

Un grand merci à Victor Dixen pour avoir répondu à toutes ces questions, et aux membres qui ont participé à cette discussion enrichissante !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.