Chanson douce de Leïla Slimani

Dès le commencement, on se sent happé par le style de Leïla Slimani qui maîtrise parfaitement sa trame narrative. Elle nous annonce d’emblée le meurtre de deux enfants par leur nounou d’apparence parfaite, pour revenir ensuite dans le passé et révéler comment cela a pu se produire. On saisit au fur et à mesure de la lecture certains indices troublants sur Louise, son passé, son quotidien morose, ses humiliations, sa solitude.

Et puis il y a aussi d’un autre côté le train-train quotidien de la maman, le refus de tomber dans une routine et de n’avoir plus qu’à s’occuper des enfants et du ménage – un aspect qui m’a rappelé La condition pavillonnaire et le « malaise » que certaines femmes ressentent en tant que femmes au foyer.

Alors, petit à petit on reprend une vie sociale, on se décharge, on laisse la nounou s’installer, préparer à manger, accomplir les tâches domestiques. Et s’immiscer dans sa famille au point de partir en vacances ensemble, rester parfois dormir.

La frontière invisible amie-employée entre la baby sitter et la maman est si ténue que les limites ont largement été dépassées et qu’un retour en arrière n’est plus envisageable. Pas dans ce récit en tout cas, inspiré d’un fait divers. Une histoire glaçante qui n’est peut-être pas conseillée aux futures mamans désireuses de confier leur progéniture à un inconnu et contée avec un tel talent qu’on y croirait presque.

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