Les aventures d’Augie March de Saul Bellow

Saul Bellow, en toute sincérité, c’est un auteur dont je n’avais jamais entendu parler avant de me proposer pour ce partenariat. Mais après avoir consulté la liste de ses œuvres, j’étais tout de suite intriguée. J’ai eu la chance de recevoir ce livre en partenariat avec les éditions Folio, que je tiens à remercier chaudement encore une fois!

Je pensais méconnaître les romans d’apprentissage, à vrai dire. Et puis en me documentant un peu, je me rends compte que j’en ai lus quand même quelques-uns : de L’éducation sentimentale de Flaubert, à De grandes espérances de Dickens, en passant par Candide de Voltaire, sans oublier Le Rouge et le noir de Stendhal, Le père Goriot de Balzac, Bel- Ami, Une vie de Maupassant, et même Ne tirez pas sur l’ oiseau moqueur d’ Harper Lee Il faut dire que c’est un genre qui m’attire beaucoup. Quoi de plus passionnant que de suivre l’évolution d’un personnage depuis son enfance jusqu’à sa maturité ; le voir grandir, faire des rencontres, apprendre et évoluer, tel une vraie personne de chair et de sang, je vous le demande ?

C’est donc avec beaucoup de curiosité que je me suis plongée dans Les aventures d’Augie March, avec l’impatience de faire connaissance avec le personnage principal, et d’en apprendre davantage sur sa naissance, sur son enfance pour commencer. Mais très rapidement, je suis restée perplexe devant cette histoire. Le récit laisse une impression d’histoire impersonnelle, c’est inhabituel. On a le sentiment d’assister à un compte-rendu clinique, scientifique, peut-être se voulant exhaustif. C’est assez déstabilisant. Le texte contient énormément d’informations, tellement que les récits et les descriptions semblent viser le contenu encyclopédique – du moins en ce qui concerne l’entourage direct d’Augie March.

Si le texte de ce roman dégage un sentiment d’ étrangeté, je crois que cela vient du fait que, malgré le fait que le narrateur soit le personnage éponyme, et qu’il fasse lui-même le récit de sa vie, on ne trouve pas de récits de souvenirs tels qu’on y est habitués, c’est-à-dire étroitement liés à des émotions. Au lieu de s’attarder sur Augie, les anecdotes ont tendance à évoquer une myriade de personnages secondaires, et à entrer dans des détails sans fin. Tout cela est très perturbant pour le lecteur, qui, en ayant beau chercher ses repères habituels, ne parvient pas à les trouver.

On découvre les vicissitudes de l’existence d’Augie, on l’accompagne dans ses joies comme dans ses déconvenues. Le récit se déroule comme si quelqu’un vous racontait ce qu’il a vécu, l’étendue de ses péréginations, avec à peu près la même distance ; à la différence que les réflexions quasi – philosophiques sont nombreuses ; sur autrui, sur l’idée de vocation, sur l’amour, etc. Je me suis longtemps demandé dans quelle direction l’auteur nous emmenait, et puis le livre refermé je ne suis pas sûre d’avoir tout saisi à la conclusion non plus. Finalement c’est comme dans la vraie vie, les éléments sont pléthore mais à chacun de les interpréter et de leur trouver un sens.

On a suivi Augie pendant sa jeunesse, on l’a vu écarter certains choix de carrières, ou repousser des opportunités qui s’offraient à lui. Il ne défend pas une vocation en particulier, mais il agit en tous cas comme s’il désirait garder autant de voies libres que possible. Il apprécie le confort s’il lui est offert, mais il ne vend ni sa personne ni son temps pour satisfaire sa vanité.
En tant que jeune homme, il choisit de rester indépendant face à un couple qui proposait gîte et protection. En tant qu’homme en âge de se marier et de fonder une famille, le moins qu’on puisse dire est qu’il ne se laisse pas enchaîner par le premier joli minois qui passe ( ni par les jolies dots non plus, par ailleurs).

Il n’est pas question de regrets, même au sujet d’épisodes étranges impliquant un aigle et des serpents. Comme dans la réalité, la vie d’Augie ne semble pas répondre à une logique particulière. La succession d’évènements peut sembler aléatoire.

Ce roman reste pour moi assez opaque. On a suivi les errances professionnelles d’Augie, sa relation avec Théa puis avec Stella ; on a suivi aussi la relation de Simon et Charlotte, mais on ne saisit pas bien ce qui lie ces différents éléments entre eux. Ce roman ne comptera pas parmi mes préférés, mais j’ai apprécié ma lecture, et l’originalité de l’écriture m’a donné envie de lire d’autres livres de l’auteur, comme Herzog par exemple. Ce livre est unique et ne ressemble à aucun autre, ce qui à mon sens a le mérite d’être souligné.

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