Shoot de Iza de Gisse

ShootDès la première page, l’auteure nous plonge dans les pensées délirantes de Benjamin. Celles-ci nous captent, déstabilisent, nous forçant à ne faire plus qu’un avec ce personnage, un toxicomane de 24 ans, loin de tous les clichés standardisés qu’un tel personnage de fiction aurait pu inspirer. Et c’est là qu’Iza de Gisse nous surprend, car on découvre que Benjamin, malgré tout ce qu’il pourrait laisser paraître, ne vit pas exclusivement pour la came. Alors que la plupart du temps dans un livre, le personnage d’un juncky est souvent réduit à une épave vivant dans un squat, dans un état de saleté épouvantable, et pour bien enfoncer le clou contaminé par le virus du sida, dans SHOOT, il est un humain, tout simplement.

Dans la littérature existante, on s’efforce d’accumuler les clichés pour montrer aux lecteurs que l’on maîtrise le sujet. Tandis que dans ce livre, Benjamin a une famille, qui se résume à sa mère certes, dont on perçoit l’importance à travers ses pensées. Il voudrait la protéger de toutes ses exactions qui le plongent dans la culpabilité, très vite chassée par l’Autre. Et ça c’est une très grande trouvaille de la part de l’auteure, faire de l’héroïne un personnage à part entière.

De même Kévin son acolyte toxicomane, dont la personnalité est complètement différente de celle de Benjamin, met à mal l’idée que tous les toxicomanes se ressemblent. Et puis Bruno, l’ami dealer, pour qui Benjamin voue une amitié sans faille et qu’il érige sur un piédestal.

Alors, vous allez me dire encore un livre d’un toxicomane qui va nous raconter son parcours initiatique… Et bien pas du tout ! Et c’est le point le plus fort de ce roman, même s’il y en a beaucoup d’autres et que c’est toujours difficile de faire une hiérarchie, mais Iza de Gisse a réussi avec un talent certain à traiter son roman d’une manière complètement différente, inédite pour ma part, qui ai lu pas mal d’ouvrages sur la drogue, comme Flash ou le Grand Voyage, de Charles Duchaussois, ou encore Junky, de William S Burroughs, et dernièrement, la faux soyeuse, de Eric Maravélias. Il n’y a aucune moralisation, aucun jugement, dans ce livre. A quoi bon écrire un livre de plus pour essayer de nous  faire passer le message que la drogue, ce n’est pas bon ? Tout le monde le sait, c’est une perte de temps.

Et avec Iza de Gisse, du temps on n’en perd pas. Son écriture est rythmée, directe, crue parfois, mais toujours précise. Les personnages sont travaillés, documentés. La fiction et la réalité s’emmêlent, on est happés par l’histoire, on rentre dans la tête de Benjamin, on s’identifie à lui. Elle maîtrise admirablement son sujet.

Pour ma part, j’ai eu un vrai gros coup de cœur pour ce livre, poignant, addictif, qui ne peut laisser personne indifférent. On ne sort pas indemne de cette lecture. C’est nouveau, un gros coup de poing dans la littérature française. Je ne peux plus lire d’autres romans de la même manière, tant celui-ci m’a marqué, et je vous invite donc à le découvrir… Absolument !!!

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