Une vie psychosomatique de Carl Watson

En acceptant ce partenariat avec Livraddict et les éditions Vagabonde (que je remercie vivement tous deux), je savais  pas dans quelle galère je m’embarquais… J’avais simplement envie de lire quelque chose de nouveau. De fait j’ai été comblée, car la lecture de Carl Watson ne laisse pas indemne. Au premier abord déroutée, il m’a fallu relire les deux premiers chapitres pour être séduite et je me suis laissé porter par la plume tourmentée de Carl Watson.

Le premier chapitre s’intitule « Gambit d’ouverture : la revanche du cœur de pierre. »
Gambit d’ouverture : aux échecs, ce terme désigne le sacrifice d’un pion en début de partie,  pour pouvoir ensuite manœuvrer plus à son aise. On suppose que ce pion sacrifié est la victime, juste évoquée. Où bien est-ce le détective blasé qui est là, le bar, le miroir, la bouteille de gin. Carl Watson nous transporte dans un film noir, à la  Raymond Chandler, en compagnie d’un Philippe Marlowe, ou Mike Hammer ? Ce personnage classique rempli de doute et de pessimisme, désabusé, représente la lassitude et l’ambiguïté de la vie.
Mais très vite une faille, à mesure que le protagoniste se trouble,  la narration fait de même, la réalité se mêle aux impressions et aux fantasmes  en juxtaposition d’images, le détective semble se fondre avec l’auteur.
Chaque chapitre tranche avec le précédent. Mais des  fils conducteurs sont présents : l’écriture et la relation amoureuse, l’érotisme et l’autodestruction, la souffrance de l’existence,le meurtre sexuel, et des images obsédantes de fluides corporels…

Le lecteur progresse difficilement tout au long des chapitres allant d’un personnage à un autre,du présent au flash-back et au fantasme, les intrigues se croisent, de plus  personnages se métamorphosent au fur et à mesure du déroulement du chapitre, Où s’arrête le fantasme et le rêve et où commence la réalité? Je perds mes repères, alors je veux me raccrocher à des indices, aux images obsédantes qui se répètent ,  exemple une nuit le personnage fait un cauchemar : il rêve d’une tête de cheval empaillée (nightmare – cauchemar et mare – jument ) cela rappelle un autre crâne fracassé, celui d’une femme aimée, qui a un rire de jument. Mais aussi on ne peut s’empêcher de penser à la scène du « Parrain » de la tête de cheval sur le lit… Jeu de mots, références à des œuvres classiques, scènes qui se répètent, la lecture est riche et ardue,  toujours à plusieurs niveaux.
Ce roman, vous l’avez compris,  est impossible à résumer, car sa lecture est à chaque fois une expérience unique, la confrontation entre l’œuvre et le lecteur, avec ses  sentiments du  moment, une sorte de partie d’échec en poésie…

Une vie psychosomatique
Carl Watson
Traduction Thierry Marignac
133 pages
Editions Vagabonde, 2010

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