Héritage sanglant d’Odile Barski

En guise de préambule, je tiens à remercier Livraddict et les éditions du Masque qui ont permis la lecture de ce roman d’un genre et d’un style surprenants.

Aux côtés d’Ariane Messidor, lieutenant de police aux méthodes peu orthodoxes, le lecteur se trouve embarqué pour une mission de prime abord sans grand intérêt (une décharge de pneus qui pose problème au voisinage comme au propriétaire du terrain).

Héritage sanglant, c’est la rencontre de plusieurs enquêtes de police (la décharge de pneus, l’expulsion impossible des pensionnaires d’une maison de retraite et les visites nocturnes dont est l’objet la propriété d’un défunt maestro). La curiosité d’Ariane Messidor lui fait découvrir, comme on tire le fil d’une pelote emmêlée, que ces trois affaires sont liées. Les péripéties de l’enquête policière sont convenablement construites, sans toutefois que le lecteur soit vraiment surpris. L’intervention de jeunes neo-nazis au crâne rasé est un ressort connu, mais utilisé ici sans les maladresses et poncifs habituels. Quant à l’héritage, si son intérêt ne se manifeste qu’en fin de roman, c’est symboliquement qu’il guide le récit.

Car la richesse d’Héritage sanglant se tient dans la galerie de personnages, souvent décalés et tous lestés d’une de ces blessures de la vie dont on ne guérit pas. Les protagonistes, principaux comme secondaires, font tous preuve d’un grand cynisme. Ils portent un regard lucide et sans concession sur les réalités de la société contemporaine. Ce sont d’abord les deux héroïnes, Ariane et Colombe – celle par qui se rejoignent toutes les enquêtes – qui partagent une même souffrance, héritée d’une enfance malmenée par la figure maternelle. Et puis, il y a Amade, à la fois gardienne et comptable de la décharge, qui ponctue ses phrases de citations de Saint-Augustin. Et Marquez, le peintre sans public, qui voit dans Ariane son lien ténu avec le monde. Corsin, éternel adolescent amoureux, qui refuse la réalité pour vivre dans les souvenirs. Claudine d’Archangelo, produit d’un Lebensborn nazi, qui ne vit que pour la mémoire de son maestro d’époux. Au-delà de la résolution des enquêtes, c’est l’évolution de ces personnages troublants que suit le lecteur.

Cependant, la lecture du roman est rendue parfois douloureuse par le style adopté. La part belle est faite aux phrases courtes, très courtes, souvent nominales. Cette écriture lapidaire nuit à la compréhension du texte, qui manque de liant, et parfois de logique. On est obligé de relire pour être bien sûr d’avoir saisi le sens d’un paragraphe, d’un chapitre. Quand bien même, il arrive que le doute demeure. Et l’on s’accroche aux personnages pour ne pas perdre le fil.

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