Dracula l’Immortel de Dacre Stoker et Ian Hoet

Le livre de poche a eu la gentillesse de m’envoyer ce tome de Dracula l’immortel, et je les en remercie. C’était une expérience intéressante malgré le fait que je n’ai pas apprécié le livre, il m’a néanmoins permis de comprendre certaines choses sur Dracula de Bram Stocker.

Avant de lire ce bouquin dans le cadre d’un partenariat de l’éditeur « Le livre de poche » avec livraddict, j’ai souhaité lire Dracula, l’original, le classique que je n’avais pas lu, moi, simple lectrice parmi les millions d’autres lecteurs. Malheureusement, j’ai été conquise par le roman de Bram Stocker. Malheureusement pour Dracula l’immortel. J’ai une pensée triste pour l’auteur qui a du mettre énormément de temps a l’écrire, et qui pour moi n’a pas été a la hauteur, les valeurs initiales ne sont pas respectées à mon sens.

Le style de Bram Stocker est très élégant et distingué, très « old fashionned », et très agréable a lire. Dacre Stocker a lui aussi un style très fluide et agréable, si bien que moi qui n’aime pas spécialement (voir qui déteste) les changements de lieux et personnage entre chapitres ont étés pour moi anodins, ne m’ont pas dérangés en quoi que ce soit, au contraire, tout comme son parent Bram Stocker, l’auteur a une écriture très plaisante.

Le problème ne vient pas donc de la forme, mais du fond. A mon sens, Dracula l’immortel n’est en rien la suite de Dracula, le style est totalement différent : dans chacun des deux romans on se trouve face a une écriture de son époque. Je veux bien qu’il faille vivre avec son temps mais pour une suite d’un roman écrit plus d’un siècle auparavant, je l’ai trouvé très décevant. Les passages de sexe me semblent tout droits tirés de fantasmes, peu fertile soit dit en passant. J’ai trouvé que ce roman avait parfois des allures de fan-fiction,  les nombreux « Dracula est mort mais en fait il est pas mort » sont très maladroits et décevants, tout comme les évènements inexistants dans le Dracula d’origine et pouf, « en fait Mina elle a couché avec Dracula et son fils, en fait c’était le fils de Dracula, d’abord ». J’ai trouvé ce genre de manipulation extrêmement puériles et je n’ai vraiment pas apprécié.

En outre, l’auteur a, comme son parent, la fâcheuse manie d’enfoncer des portes ouvertes. Donner des indices c’est très bien, mais souligner les indices ça l’est moins : le lecteur a bien compris que l’indice est la, pas la peine de le mettre en avant pour lui faire comprendre qu’il est idiot et qu’il ne peut pas déceler les indices. Quand bien même, c’est toujours agréable pour le lecteur une fois l’intrigue révélée de se dire « Mais oui, suis-je bête, j’avais tous les indices, pourquoi je n’ai pas compris ça plus tôt« . Dans le même style, l’introduction de personnages historiques aurait put être faite de manière plus subtiles, par exemple en ne précisant que le prénom de l’aviateur qui a traversé la manche et sans en rajouter une couche par la suite pour nous dire clairement qui c’est.

De plus, la conception du vampire est totalement différente : dans Dracula, un vampire ça n’a pas d’âme et c’est mauvais par nature (pour preuve le sourire serein lorsqu’ils se font tuer), dans Dracula l’immortel, les vampires sont totalement modernisés, ils ne sont plus des prédateurs de l’ombre mais des super-humains ayant le choix entre le Bien et le Mal. Et Dracula n’est plus présenté comme un monstre sanguinaire mais comme un amoureux transi qui ne se nourrit non pas d’humains mais d’animaux. La conception est totalement différente en fonction de son époque. J’aurais aimé qu’enfin quelque nouvelle œuvre (sur quelque support que ce soit) nous montre a nous, lecteur/spectateurs, que non, les vampires sont mauvais, ils sont sanguinaires, sans foi ni loi, bref méchants! Pas des mecs amoureux de bonnes femmes et qui sont prêts a se sacrifier, eux, êtres surnaturels puissants, immortels et supérieurs en tout points aux humains : des vampires qui nous menacent.

En ce qui concerne les personnages principaux, j’ai trouvé ça un peu tiré par les cheveux. Que les personnages s’éloignent je trouve ça normal, dans une vie, au bout de 25 ans, même si on a vécu de forts moments ensemble, des amis peuvent s’éloigner. Mais la les personnages ne se sont pas contentés de s’éloigner, ils sont tous poussés a l’extrême : l’un est un drogué, le couple ne s’entend plus du tout, le mari va voir ailleurs et la femme passe son temps à s’en vouloir, le fils est coupé de ses parents (ou le devient pour sa mère), le lord est totalement dépressif et il ne serait pas chrétien ça fait longtemps qu’il se serait pendu, et Van Helsing serait le plus normal de la bande a vouloir continuer a chasser le vampire, malgré son age avancé. J’ai trouvé ça totalement incohérent : tous ne peuvent pas avoir évolué comme ça. Pour chaque personnage l’évolution est logique, mais tous à la fois parait inconcevable.

En ce qui concerne la comtesse Bathory, j’aimais beaucoup le personnage historique, bien que j’étais assez mal documentée, je m’y étais intéressée à une époque. J’ai été au départ agréablement surprise de la rencontrer parmi les vampires du roman. J’ai trouvé son personnage assez logique mais son lien de parenté avec Dracula m’a un peu déçue, pour le coup j’aurais vu des rapports plus intimes entre les deux personnages, la comtesse pouvant etre bissexuelle ou bien ayant voulu tester de nouvelles formes de sexualité avec Dracula.

La fin du roman est tout a fait prévisible quand on sait que l’auteur a fait mourir et revivre (enfin, re non-vivre devrais-je dire) le vampire, et tout a fait décevante. Au moment ou il se jette de la falaise et ou on nous fait croire que Dracula est mort on se dit « Ah il (l’auteur) a enfin réussi à le tuer, il était temps! » … dommage. On aurait apprécié une mort définitive de Dracula et de Mina, les non-morts rencontrant une « vraie » mort pour être peut être libérés de leur fardeau : l’immortalité (ou plutôt, la non-mortalité).

Bref, j’ai vraiment été déçue par ce roman, duquel j’attendais beaucoup. Écrire la suite de Dracula était un pari osé, surtout en se présentant ouvertement de la famille de l’auteur, en l’utilisant comme argument commercial, le lecteur en attend beaucoup plus et personnellement j’ai eu l’impression de m’être fait avoir : on nous présente le roman comme la suite logique et inaliénable de Dracula, écrite du même sang et on tombe sur un roman avec des conceptions très modernes, ou les personnages sont tous dépressifs/torturés, y compris le grand Dracula, cet empaleur légendaire vieux de plusieurs siècles. J’espère que le prochain roman de l’auteur sera plus travaillé en fond, avec un regard plus objectif sur son propre travail, car le style est vraiment très agréable et fluide a lire.

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