Bienvenue à Piptarquie de Pathilia Aprahamian

La saga jeunesse de Pathilia Aprahamian avait attiré mon attention à la sortie du troisième tome ; c’est donc avec plaisir que j’ai reçu le 4eme, Bienvenue à Piptarquie. Je remercie chaudement les éditions Evidence de m’avoir envoyé l’e-book – ainsi que les précédents ! L’équipe a eu la gentillesse de mettre à ma disposition l’ensemble des volumes. Merci encore !

Dans  les tomes précédents, Aria se promenait au sein de mondes imaginaires qu’elle voyait en rêve. C’est ainsi qu’elle s’est rendue dans la forêt de Vishap. Cette fois, nous faisons la connaissance de trois jeunes sorcières (Mary, Anne et Abigaël) qui décident de se rendre dans le monde des humains. De jeune fille novice en magie, Aria devient ici le guide, celle qui dispense les connaissances, celle auprès de qui on vient chercher conseil pour naviguer entre deux mondes – entre Piptarquie et celui des Hommes.  Elle n’est plus simple élève, mais représente ici la sagesse et la raison. Grâce aux trois exploratrices, on apprend ce qu’est un Vishap, ainsi que des informations sur les voyages entre les mondes.

Cet épisode innove, comparativement aux précédents, puisque le point de vue change. Il est rafraîchissant de découvrir de nouveaux personnages (et un nouveau lieu). L’histoire est distrayante et agréable, même si j’ai été surprise de ne pas y trouver de plus amples développements au sujet du scarabée bleu (évoqué dans le tome précédent). Le trio de sorcières est sympathique, mais le plaisir de lecture aurait été plus grand encore si on pouvait les connaître plus en détails. De manière générale, j’aurais aimé que chaque tome soit plus long et étoffé. A mon sens, en effet chaque histoire est trop brève : on a tout juste le temps de s’accoutumer à l’univers d’Aria et d’entrer dans le récit que celui-ci touche déjà à sa fin. Aria et ses acolytes mériteraient davantage de chapitres ! Hormis cela, rien à dire, ce sont de très mignonnes historiettes pour enfants !

L’Insouciance de Karine Tuil

Il est rare de faire une lecture qui nous pousse vraiment à réfléchir longtemps après l’avoir terminée, à remettre en cause nos certitudes, à réaliser que certaines vérités étaient sous nos yeux sans que nous ne les remarquions. L’insouciance fait partie de ces lectures-là. Je ne connaissais pas Karine Tuil, je suis ravie d’avoir découvert son travail. J’ai eu la chance de lire ce texte en partenariat ; pour cela un grand merci encore aux éditions Folio.

Ce roman n’est pas d’un accès des plus faciles. Le texte est riche, les personnages nombreux, et la narration ne reste jamais en surface. On y trouve des analyses fines et justes de rouages politiques, d’engrenages stratégiques, et de psychologies particulières. Il aborde un thème difficile avec la guerre en Afghanistan, et ses répercussions pour les hommes qui y survivent, telles que les amputations, les mutilations, sans oublier les sévères troubles psychologiques.

Karine Tuil porte un regard acéré sur les politiques, les hautes sphères du pouvoir. Elle nous dépeint un mode de vie totalement vicié dans lequel on fait – par exemple – mine de s’horrifier de la déchéance d’un collègue pour se consoler deux minutes après en se délectant d’un plat de restaurant étoilé. La manipulation et les jeux d’intérêt sont le pain quotidien de tous les personnages haut placés.

L’égoïsme, l’opportunisme, le cynisme ne sauraient être départagés tant ils s’illustrent ici. L’insouciance dont il est question, c’est à mon sens en premier lieu celle de François Vély, ne doutant jamais de rien, sûr de ses qualités et de sa position. Ivre de son propre statut, habitué à son existence bien rangée dans les milieux les plus privilégiés, il croit avoir tous les droits et n’a aucune notion de la portée de ses actes.

Le couple est aussi passé au crible du regard critique de l’auteur. Dévastateur, enchanteur ou bien en perte de vitesse, il génère aussi bien l’exaltation que le désespoir. Le personnage de l’épouse, incarné en premier lieu par Marion, puis par Sonia, met en lumière le rôle des compagnes des hommes puissants, à l’américaine. Un homme qui veut réussir est un homme qui tient une belle femme à son bras, qu’il lui porte par ailleurs des sentiments sincères ou non.

Le déplacement en Irak sera décisif, et d’une façon inattendue. La scène la plus violente du livre, qui précède la fin de l’insouciance, a été un vrai choc pour moi.

Que la désinvolture et l’égocentrisme mérite un châtiment, soit. Mais ici, il est poussé vraiment très loin. La violence et la barbarie des meurtres perpétrés paraissent en même temps prévisibles  et incroyables, parce que se reproduisant au sein de notre époque moderne.

L’insouciance perdue, ce n’est finalement pas uniquement celle de l’homme qui participe à une séance photo aux choix artistiques malheureux, ni celle des survivants des interventions armées. C’est la nôtre, à tous, après les attentats du Bataclan, après l’attaque niçoise. Elle réside dans l’impossibilité à manger en terrasse, prendre le train, aller à un concert, sans se demander : et si des tueurs faisaient intrusion ? Serais-je assez rapide à me jeter à terre ?

Et l’auteur persiste, comme pour inciter le lecteur à ne jamais renoncer : en amour ou dans tout autre domaine, il ne faut pas fuir les risques. Si tout s’écroule, tant pis. Mais il faut bien vivre, il faut bien avancer. Malgré le pessimisme de nombreux passages, il me semble que l’œuvre se termine sur une note de renouveau et d’espoir.

C’est assurément un très grand roman qu’a signé cette fois Karine Tuil. Pour ne rien gâcher, la plume est remarquable, l’écriture recherchée. A lire absolument.

Jack O’Lantern, tome 1 : Cauchemars de Sophie Fischer

En cette époque printanière de l’année, certains d’entre nous conservons le désir de lire des histoires à faire frémir, hermétiques que nous sommes aux rayons de soleil et aux chants des petits oiseaux… La couverture du roman de Sophie Fischer donne  dans cette optique tout de suite le ton, avec sa citrouille grimaçante, ses maisons déformées, ses friandises tournoyantes et son éclairage blafard.

C’est dans le contexte d’un partenariat que j’ai pu découvrir Jack’o lantern, Cauchemars. Un grand merci encore à l’auteur et aux éditions Voy’el!

Je m’attendais à un récit moderne et donc assez ressemblant aux histoires du même genre, qui pullulent ces dernières années, mais j’ai été agréablement surprise. Cette histoire est vraiment rafraîchissante pour une histoire affiliée au genre de l’horreur . D’abord, le mythe de Jack’o lantern est réinventé, polymorphe et séduisant, mystérieux. J’ai particulièrement aimé les lieux (le manoir) et les personnages (Niamh est notamment une héroïne qui sort des sentiers battus).

Ce qui m’a le plus plu, ce sont les histoires de fantôme. Niamh mène l’enquête dans une affaire de hantise qui reste classique, tout en piquant notre curiosité en conservant suffisamment de mystère. Le destin d’Ann et d’Helen, teinté d’une dimension tragique, constitue le noeud du drame. Entre rivalités fraternelles et ambitions brisées, c’est progressivement que le présent pourra être expliqué au fur et à mesure que les secrets du passé sont révélés.

La figure de Jack est également centrale. Il est très agréable de le voir apparaitre et réapparaître, de se questionner sur la nature de ce personnage mythique de la culture populaire. Il est attendrissant avec ses dénis, ses chimères et ses distributions de friandises récurrentes.

Qui est-il vraiment ?
Est-il réel ou esprit immatériel ?
Est-il vraiment le Jack légendaire que nous célébrons à Halloween ?

Ce contexte festif propre au 31 octobre est un vrai régal pour les adeptes, dont je fais bien évidemment partie. A n’importe quel moment de l’année, c’est toujours un grand bonheur de s’immerger dans l’univers des citrouilles et des contes effrayants !

Ce roman est un pur récit de fantômes, dans la tradition de type Lockwood & co. Je vous le recommande très fort, surtout si vous aimez les frissons ! (Sans tomber non plus dans une terreur totale !)

Au commencement du septième jour de Luc Lang

« Elle s’est mariée, elle a fait sa vie ? C’est quoi ta question… au passé composé ? Non, elle est vivante et elle est en train de la faire, comme elle peut, comme tout le monde ». 4 heures du matin, dans une belle maison à l’orée du bois de Vincennes, le téléphone sonne. Thomas, trente-sept ans, informaticien, père de deux jeunes enfants, apprend que sa femme vient d’avoir un très grave accident, sur une route où elle n’aurait pas dû se trouver. Commence une enquête sans répit alors que Camille lutte entre la vie et la mort. Puis une quête durant laquelle chacun des rôles qu’il incarne : époux, père, fils et frère, devient un combat. Jour après jour, il découvre des secrets de famille qui sont autant d’abîmes sous ses pas.

J’avoue que pour cette chronique, je suis un peu embêtée car voilà longtemps que je n’avais pas autant apprécié une lecture et je ne suis pas sûre de pouvoir retranscrire par des mots l’émotion qui m’a traversée en lisant ce roman. Car oui, j’ai été très touchée par cette histoire. Bouleversante. Réellement, bouleversante.

Honnêtement, quand j’ai lu la 4e de couverture et que j’ai lu les premières lignes, je ne pensais pas que ce serait un coup de cœur et pourtant, au final, quelle claque ! L’histoire va crescendo et nous découvrons l’intrigue au fur et à mesure. Malgré quelques passages un peu lents et des descriptions un peu trop longues, je ne me suis pas ennuyée.

Les trois parties qui découpent ce livre se complètent superbement. L’histoire est bien plus profonde qu’elle n’y parait au départ et on se demande où l’auteur veut nous entrainer. Il a été très difficile de le refermer une fois commencé. Mon cœur s’est serré plus d’une fois. J’ai été profondément happée par ce que voulait nous partager l’auteur, j’ai aimé l’évolution et les personnages. Les mots sont justes, bien choisis. Le tout donne un roman très réussi. La couverture n’est peut-être pas très attrayante (enfin, c’est mon avis), mais une chose est sûre, ce livre veut le détour ! Merci beaucoup aux éditions Folio pour ce partenariat car ce fut une véritable découverte et une très belle surprise !

Les Calices du Temps de S.N. Lemoing

Il y a très longtemps, j’ai découvert S.N.Lemoing avec son roman ‘powerful’. De ce fait, j’ai eu envie de découvrir tous son univers. Alors quand l’occasion s’est présentée à moi pour découvrir ‘les calices du temps’, je n’ai pas hésité une seconde et j’ai postulé !
Trêve de blabla, c’est partie.

Une première de couverture originale. J’aime le fait que c’est un peu ‘délavé’, ‘vieillit’. Les calices sont très bien représentés au premier plan.

Dès le début de la lecture, je me suis directement plongée dans la peau des protagonistes Maria et Juan. J’aime l’univers où sont propulsés les personnages.(Un univers vers lequel j’aimerais davantage me plonger dans mes prochaines lectures). J’ai aussi appris beaucoup d’anecdotes sur ce temps des chevaliers.

Le caractère de Maria est un peu enfantin et agaçant, mais je n’arrive pas à la détester. Par contre, le petit Juan se révèle très mature pour son âge. Je me suis prise d’affection pour lui. Il prend les rênes de l’histoire, et on se demande même si ce ne serait pas lui, seul, le protagoniste principal.
En somme, un bon moment de lecture, dans un univers tous nouveau pour moi, où j’y replongerais dès la minute où j’en ai l’occasion !

Le style d’écriture de l’auteur est très simple et fluide. La lecture découle d’elle-même. Un vocabulaire très recherché pour l’univers qui donne une belle touche de réalisme.

J’ai dévoré ce tome 1 en une soirée et j’ai vraiment hâte de pouvoir poursuivre l’aventure au côté de Maria et Juan dans les futurs tomes.

Je remercie S.N.Lemoing et Livraddict pour cette découverte.