Compte-rendu du Book Club de novembre 09: Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates

Le mercredi 4 novembre 2009 a eu lieu le premier Book Club organisé par Livraddict. Quinze participants se sont réunis sur notre forum entre 19h et minuit pour discuter d’une lecture commune: Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, de Mary Ann Shaffers et Annie Barrows. Trois autres lectrices, qui n’ont pas pu être présente le soir-même, ont ajouté leur voix aux débats le lendemain. Il est maintenant l’heure de faire un petit compte-rendu des diverses opinions qui ont été exprimées.

1. Présentation de la lecture commune

Titre: Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, de Mary Ann Shaffers et Annie Barrows (titre original: « The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society »).

Résumé:

Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un sujet pour son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d’un inconnu, natif de l’île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre un monde insoupçonné, délicieusement excentrique ; celui d’un club de lecture au nom étrange inventé pour tromper l’occupant allemand : le « Cercle Littéraire des Amateurs d’Épluchures de Patates ». De lettre en lettre, Juliet découvre l’histoire d’une petite communauté débordante de charme, d’humour, d’humanité. Et puis vient le jour où, à son tour, elle se rend à Guernesey…

2. Participants:

Jess, Nathalie, Fée Bourbonnaise, Baba, Frankie, El Jc, Lolo, Thalia, Mallou, Emma666, Gloire Abgrall, Propater, Kactusss, Loizo et Lyra Sullivan. Kika, Spocky et Cynthia sont venus donner leur avis un peu plus tard.

3. Avis exprimés:

La discussion a été divisée en six sujets:

Général,  pour les impressions générales et des notes sur 10.
Histoire, pour discuter de l’intrigue.
Style, pour exprimer son avis sur le fait que le livre soit écrit sous forme épistolaire et sur le style narratif
Personnages, pour nommer les personnages qui vous ont touchés, ceux que vous n’avez pas aimé et expliquer pourquoi.
Guernesey et la 2ème guerre mondiale, pour échanger des impressions sur les informations historiques et géographiques qui ont une grande importance dans ce livre.
Citations, pour citer les passages qui ont marqué les lecteurs.

En ce qui concerne les impressions générales, le moins qu’on puisse dire est qu’elles furent variées et généralement assez tranchées. Les cotes proposées ont varié entre 1/10 et 10/10, pas moins !  Ceux qui ont aimé ont eu le coup de coeur pour le ton léger, les anecdotes et la palette de sentiments exprimés. D’autres ont déploré le manque d’action et de dialogues ou n’ont pas accroché à cette narration sous la forme d’une compilation de flash-backs. Parmi ceux qui ont apprécié ce roman, certains regrettent malgré tout le manque de discussions ou d’échanges littéraires, et beaucoup ont été déçus par la fin prévisible. Mais de façon générale, la plupart des lecteurs, qu’ils aient aimé ou pas, ont salué cette façon de mettre en avant des détails sur la vie pendant la guerre en Angleterre et sur l’île de Guernesey.

Pour ce qui est de l’histoire, ici aussi les avis sont partagés entre ceux qui ont trouvé que l’intrigue manquait d’action et de rebondissements, et ceux qui ont beaucoup aimé ce recueil de potins sur la vie des insulaires. L’avis général est que l’intrigue principale est volontairement peu développée pour ne servir que de support aux informations disparates sur la vie pendant la guerre, et les lecteurs se divisent entre ceux qui ont aimé justement pour toutes ces petites anecdotes et ceux qui auraient souhaité une trame plus consistante.  Quasiment tous les lecteurs se rejoignent cependant pour déplorer le dénouement très prévisible, avec un coup de foudre mal préparé.

Au niveau du style, c’était pour certains la première expérience de roman épistolaire, une découverte souvent ressentie avec appréhension. La plupart ont finalement apprécié, mais d’autres n’ont pas aimé l’abondance de détails ou ont carrément détesté cette façon de présenter l’histoire. Certaines lettres plus anecdotiques de personnages peu développés ont paru superflues à certains, tandis que d’autres ont justement salué cette façon d’alterner les auteurs, les lettres de différentes longueurs et les télégrammes. Certains qui ont apprécié le style évoquent l’impression agréable d’épier une correspondance presque intime. Par contre, beaucoup de lecteurs ont relevé le peu de différences de style dans l’écriture des personnages pourtant issus de classes sociales et d’éducations différentes, ce qui enlève à la crédibilité de l’ensemble. Et quasiment tous se sont à un moment ou un autre perdus dans la myriade de personnages, au point que certains se sont aidés de petits aide-mémoires.

Pour ce qui est des personnages, les avis sont également très partagés. L’héroïne, Juliet, est soit très appréciée pour sa joie de vivre, soit jugée trop artificielle ou peu réaliste. Dawsey Adams a bizarrement suscité peu de commentaires. Elizabeth est souvent admirée pour son courage, la petite Kit a attendri certains lecteurs, Isola Pribby en a fait sourire plus d’un et Eben Ramsey a conquis le coeur de tous par son côté digne et touchant. Certains personnages secondaires ont aussi particulièrement plu à certains participants, comme John Booker (le faux noble), Mrs Clara Saussey (la cuisinière), Adelaide Addison (la médisante) ou « l’ami des bêtes » anonyme.

La plupart des membres du Book Club ignoraient à peu près tout de l’histoire de l’île de Guernesey et de son occupation pendant la guerre. La discussion a donc porté sur les découvertes faites dans le livre. Beaucoup ont justement apprécié de découvrir cet épisode douloureux de l’histoire sous une forme romancée.  L’épisode des enfants séparés de leurs parents pour les protéger a surpris et touché beaucoup de monde. El Jc nous a aussi fourni de nombreux détails sur l’organisation TOT, les enfants français envoyés en zone libre comme les enfants de Guernesey étaient envoyés en Angleterre, les réquisitions, le sort des jeunes femmes qui étaient tombées amoureuses de soldats allemands et les fusées incendiaires conçues par les ingénieurs allemands.

En ce qui concerne les passages préférés des membres, la plupart d’entre eux n’avaient pas pensé à les noter à l’avance (pour le prochain Book Club, nous vous annoncerons les sujets pour que chacun ait l’occasion de se préparer). Quelques passages ont pourtant été cités. L’un d’entre eux avait frappé plusieurs lecteurs:

« Je me demande comment cet ouvrage est arrivé à Guernesey. Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu’à leur lecteur idéal. Comme il serait délicieux que ce soit le cas. »


4. Les critiques individuelles de nos lecteurs:

La critique de Jess

La critique de Fée Bourbonnaise

La critique de Thalia

La critique d’Emma666

La critique de Loizo

La critique de El Jc

La critique de Spocky

La critique de Lyra Sullivan

La critique de Cynthia

La critique de Nathalie

Merci à tous et à toutes pour votre participation, et rendez-vous à notre prochain Book Club !

Seul le silence de R.J. Ellory (A quiet belief in angels)

seul le silence Simplement le roman qui m’a le plus bouleversé cette année!

L’histoire, c’est celle  de Joseph Vaughan, 12 ans, qui vit une existence modeste , avant la deuxième guerre mondiale,  à Augusta Falls, Géorgie. Dans cette campagne américaine, entouré par sa mère, veuve, les voisins, ses amis, sa vie tranquille est bouleversée par le meurtre atroce d’une fillette . Et d’autre meurtres suivent….On se mobilise, battues, affiches, les garçons forment une compagnie secrète : les anges gardiens, et font le serment de protéger leurs amies-sœurs… Mais rien n’y fait, des fillettes sont encore assassinées. Les soupçons se portent alors sur une famille allemande, des étrangers, donc. On croit l’affaire terminée.
Dans le même temps Joseph est remarqué par son institutrice, elle l’encourage à écrire, l’aide à grandir…
Mais Joseph est toujours hanté par ces victimes, et sa culpabilité : il n’a pas pu les sauver, et c’était ses camarades de classe.
Alors quand il n’a plus d’attaches il fuit Augusta Fall, tous ces assassinats, tous les êtres qu’il a perdu, pour exister enfin , comme écrivain.
Sauf que la Mort le suit jusqu’à New-York…

Mais attention, ce n’est pas un roman de serial killer, ni un thriller comme les autres. Bien sûr on a tous les ingrédients :
un héros qui traque un assassin, on sait dès le début du livre  que Joseph Vaughan a fini par le trouver , et de courts passages en italique nous ramènent au présent, tandis qu’il nous conte son histoire, rétrospectivement.
On plonge dans une ambiance sombre, avec un assassin qui rode dans la campagne, laissant derrière lui des petites filles violées, atrocement mutilées, et on ressent cette atmosphère de plus en plus étouffante, la suspicion, le doute qui plane petit à petit sur chacun des gens d’Augusta Falls en même temps que leur personnalité s’ombrage ….

Non, c’est aussi l’histoire d’un homme qui se débat avec sa vie et toutes les tragédies qui s’abattent sur lui, qui essaie de grandir avec sa peine, écrivant pour garder la tête hors de l’eau, c’est un roman sur la naissance d’un écrivain, on voit  comment l’écriture arrive à sauver Joseph de ses démons, de son désespoir, de son destin tragique…

Mais surtout, ce roman se démarque par sa qualité d’écriture. Oui, l’écriture de R.J. Ellory , avec son  style un peu lyrique, sa puissance évocatrice,nous ensorcelle, nous fait voyager jusque dans cette campagne américaine : avec Joseph  nous respirons l’air poussiéreux sur les chemins, nous explorons la nuit , frissonnant de peur, anges gardiens nous aussi, pour traquer le tueur, nous découvrons avec horreur au détour d’un buisson un morceau de corps, nous nous installons avec lui dans cette chambre miteuse en ville, plein d’espoirs littéraires…On est réellement aspiré dans ce livre, on en ressort avec regrets, tout pantelant d’émotion.

Bref, un très beau voyage.

Un monde sans fin de Ken Follet

Un monde sans fin« 1327. Quatre enfants sont les témoins d une poursuite meurtrière dans les bois : un chevalier tue deux soldats au service de la reine, avant d’enfouir dans le sol une lettre mystérieuse, dont le secret pourrait bien mettre en danger la couronne d Angleterre. Ce jour scellera à jamais leurs destinées… »

1h08. Je viens de finir « Un monde sans fin » de Ken Follett… Pfiou ! pas moyen de lâcher cet énorme pavé de quelques 1280 pages avant la fin, c’est terrible, il fallait que je mange et mange et dévore, encore et encore les mots écrits par cet auteur britannique.

Pour le situer, ce roman fait suite aux Piliers de la terre, sans en être vraiment une suite : cela se passe 200 ans plus tard, donc au XIVème siècle, à Kingsbridge, et l’on y retrouve donc des lieux familiers, et surtout les descendants de Jack le Bâtisseur. Les choses ont évolué à Kingsbridge, un couvent a vu le jour, la cathédrale est toujours là, la ville est devenue prospère… et pourtant, il ne faut pas oublier qu’on est en plein Moyen Age, à la transition à ce qu’on appelle le Haut et le Bas Moyen Age : une époque où s’opposent les conservateurs et les rénovateurs, où l’immobilisme de la tradition tente de ralentir le progrès, pour toutes sortes de raisons (ambitions, mesquineries, peurs, superstitions…).

Le plus passionnant dans ce livre, c’est de suivre les destins de quatre personnages qu’un même événement a réuni lorsqu’ils étaient tous enfants, événement en rapport avec des faits historiques, l’assassinat du roi Edouard II par son épouse la reine Isabelle. Vous m’en direz tant ! Mais ces personnages appartiennent à quatre castes différentes : les serfs, les seigneurs, les marchands, et les religieux. Et comme dans la vie réelle, tous n’aspirent qu’à une chose : s’élever, et pour chacun d’une manière différente.

Ken Follett écrit en fait sur les rêves des êtres humains, qui sont toujours les mêmes à quelque époque que l’on soit. « Un monde sans fin », c’est vraiment ça : le monde tourne toujours de la même façon, et tournera toujours de la même façon. L’époque n’y est pour rien, la nature humaine y est pour tout !

Les personnages de Ken Follett sont captivants, tout en contrastes, en reliefs : pas de caricature, une justesse au contraire. Les détails historiques, architecturaux aussi comme dans Les Piliers de la Terre sont précis et fascinants, en tout cas, pour quelqu’un comme moi qui aime l’Histoire…

L’écriture de Ken Follett coule, fluide, sur les pages du livre, et pas un instant on ne décroche. Mon seul bémol, la fin… car ce Monde sans fin a une fin, en définitive. Et j’ai été déçue par cette fin en mode « happy end » où les gentils sont récompensés et les méchants punis, à peu de choses près. Par conséquent, la fin m’a semblée aussi rapide, un peu précipitée… mais peut-être cela tient-il aussi au fait que voir se terminer un tel roman a déclenché en moi une forme de tristesse.

En conclusion, merci à Sandrine (The Forum) qui m’a recommandé cet ouvrage, je n’ai pas perdu mon temps, au contraire !!

L’obsession Vinci de Sophie Chauveau

Obsession Vinci« Peindre pour ne rien troubler n’a aucun intérêt, c’est même atrocement ennuyeux. Oh, et puis s’ils veulent du Lippi, qu’ils s’adressent à Pipo, il fait ça très bien. Ou pis, à Ghirlandaio. A tous ces minables petits copieurs du passé. Je veux d’abord que ça me plaise à moi, que ça ne reproduise pas ce qu’on a tous déjà vu. On ne nous demande tout de même pas de refaire toujours pareil qu’avant nous. Mais je suis né, moi ! En aucun cas pour recopier sans faire de vagues. Je suis né pour qu’on me remarque par quelque chose de vraiment remarquable. Donc d’inédit. Sinon, ça n’est pas la peine. Je ne vais pas vivre comme mes ancêtres sous prétexte que je suis né après ou qu’ils étaient là avant. Où serait le progrès alors ? Vivre comme tout le monde ! Non, merci. On me demande sans cesse de lisser ma peinture et ma vie. Non. »

Troisième tome de sa saga sur « le siècle de Florence », Sophie Chauveau nous présente ensuite Leonardo di Vinci. On connaît le peintre, l’inventeur, le scientifique, le génie, mais Sophie nous présente ici l’homme, ses envies, sa créativité, ses passions, son inventivité. Du bâtard réfugié à Florence admirant Botticelli, il deviendra aimé des rois de France jusqu’à s’éteindre dans la ville royale d’Amboise. Mais Léonard a été boudé à Florence, rejeté à Rome et a fui Milan entre temps. A croire que les villes Italiennes ne le comprenaient pas. Il faut dire que seules la curiosité et la découverte l’animent. Ainsi une chose décidée est alors révolue, et ne peut plus le satisfaire. Léonard peine donc à finir ses peinture et ses mécènes grondent pour avoir leur commandes. Ajouté à cela ses déboires sexuels et sa mauvaise réputation est faite et ne le quittera plus. Il rêve pourtant de grandeur et de reconnaissance. Mais ne l’obtiendra jamais, en Italie en tout cas. Oh, il en a fait des chefs-d’œuvre comme cette fresque du dernier repas du Christ à Milan. Ou cette Lisa que seuls quelques peintres ont pu voir car seuls capables d’en comprendre la beauté et la nouveauté. Mais ce sont ses travaux inachevés qui le passionnent : ce cheval en bronze promis au Duc de Milan si grand que les techniques pour couler le bronze ne sont pas assez développées pour le réaliser, l’anatomie de l’homme qu’il n’a jamais fini de comprendre, et son grand rêve, oui ce rêve qu’il aura toute sa vie, de faire voler les hommes un jour. Il a mené sa vie tambour battant, et bien que ces confrères reconnaissent en lui le plus grand des leurs, surtout Botticelli, il ne vivra, lui et les siens, dans l’opulence qu’à la fin de sa vie.

L’auteur a utilisé un style bien particulier qui me fait penser à des chevaux au triple galop, avançant sans cesse et sans cesse, sans se poser ni respirer. Style qui correspond très bien au personnage d’ailleurs. Elle mélange les phrases nominales et verbales, accentuant cet effet de vitesse. Et une fois encore l’auteur a mis sa puissance narrative au service de l’histoire avec un grand H. Car Léonard a fait parti de l’Histoire et a fait l’Histoire. Sophie Chauveau, à travers la vie de son personnage, nous parle de cette Histoire ainsi que de la vie quotidienne de ceux qui ont vécu à cette époque. Et cela, sans en faire trop, car ce n’est que le contexte. Et cela n’a pas manqué : une fois de plus Sophie Chauveau m’a séduite.

C’est donc avec bonheur et délectation que j’ai retrouvé Sophie Chauveau. J’avais adoré la passion Lippi et Le rêve Botticelli, et là encore ce dernier opus ne m’a pas déçu.

Dimension URSS par Patrice Lajoye

Quatrième de Couverture

La SF Soviétique, longtemps après l’effondrement de l’URSS, est en passe d’être définitivement enterrée dans la mémoire des amateurs occidentaux. Seul le nom des Strougatski subsiste encore. Il fallait donc effectuer un petit voyage temporel, voir ce qu’elle a été réellement, au-delà les intentions idéologiques et historiques. On ne trouvera pas dans DIMENSION URSS de luttes contre les extraterrestres, ni de grands conflits spatiaux. Mais vous aurez la possibilité d’assister à la création de la femme idéale ( Pygmalion), ou de tester sans le savoir son homologue masculin (Un Cheechako dans le désert). Vous pourrez visiter l’esprit de l’être aimé (Une dernière histoire de télépathie), mais il faudra faire vite, car la fin du monde approche! Les savants fous menacent d’éliminer l’atmosphère terrestre (Au-dessus du néant) ou de balancer des missiles à la légère (20 milliards d’années après la fin du monde). Pensez alors à gagner votre abri qui vous aidera à traverser les siècles (L’éveil du professeur Berne).


Lecture et Chronique effectuée dans le cadre d’un joli partenariat

Présentation

Suite aux contacts que Jess a pris soin de prendre auprès de maisons d’éditions dans le cadre de Livraddict, « Rivière Blanche » fut l’une des toute premiere à répondre présente. Ce qui m’a permis ces jours derniers de faire à la fois la découverte d’un éditeur que je n’avais encore jamais lu et d’une Science-Fiction Soviétique qu’il faut bien l’avouer je ne connaissais pas non plus. Voyons donc dans le détail de quoi se compose cette anthologie :

La Terre – Scènes des temps futurs

Valeri Iakovlevitch Brioussov (13/12/1873 – 09/10/1924)

Pièce de théâtre datant de 1902, ou l’auteur dépeint une humanité réduite à 3 millions d’hommes suite à un cataclysme dont rien ne sera révélé. Réfugiés dans une immense cité souterraine ou la technologie des anciens hommes, qui maintient jusqu’à présent la vie possible en ces lieux commence à montrer des signes de faiblesse… Daté mais avec un charme indéniable. L’occasion étant trop belle de faire coïncider Théâtre et Science-Fiction !

Au dessus du néant

Alexandre Romanovitch Beliaev (08/03/1884 – 06/01/1942)

Une nouvelle de 1927 qui met en scène un savant aux talents indéniables, et un jeune curieux qui va apprendre bien malgré lui, qu’espionner son prochain peut parfois se révéler dangereux. Un des textes que j’ai sans doute le moins apprécié de toute cette anthologie. Les ficelles sont un peu grosses et l’humour ne rattrape pas tout.

L’éveil du professeur Berne

Vladimir Savtchenko (08/03/1884 – 06/01/1942)

Une nouvelle de 1956 qui met à nouveau en scène un savant. Cette fois persuadé que l’apocalypse nucléaire prochain détruira l’humanité, celui ci se plonge en hibernation dans un repaire du désert de Gobi pour s’éveiller 18 Millénaires plus tard et assister après une nouvelle ère glaciaire à la renaissance d’une nouvelle humanité issue du primate. Classique mais plaisante, à la frontière entre SF et Aventure, avec un grand A !

L’astronaute

Valentina Nikolayevna Zhuravleva (17/07/1933 – 12/03/2004)

Cette fois avec cette nouvelle de 1960 nous mettons le cap sur les étoiles ! Une expédition scientifique fait route vers l’étoile de Bernard à plus de 7 ans de distance de la Terre lorsque… Une nouvelle classique ou la bravoure et le culte du héros l’emportent sur la valeur littéraire et la trame narrative. Sans doute dispensable…

Sur un sentier poudreux

Dmitri Bilenkine (22/09/1933 – 28/07/1987)

Voici une nouvelle de 1966 assez peu commune. Sous le prétexte d’une promenade en forêt on y vois un Cosmonaute, héros du Peuple Soviétique y faire une terrible erreur de jugement. Une nouvelle très courte, qui si elle n’apporte rien au bagage Science-Fictif en est tout de même remarquable par ces implications politiques.

Le pré

Karen A. Simonian

A nouveau une courte nouvelle, datant de 1968, et qui voit une grand mère expliquée à son petit fils né à bord d’un astronef, la beauté de la terre d’antan. Le parallèle avec le pré maintenu au sein de l’astronef et l’incompréhension de l’enfant sont assez touchants.

Une dernière histoire de télépathie

Roman Podolny
Datée de 1976 cette nouvelle sans grand intérêt présente une petite expérience de Télépathie dans un Trolley entre un jeune homme et la jeune femme qu’il observe depuis quelques semaines déjà. Aussi vite lue qu’oubliée. Sans aucun doute la nouvelle qui m’a fait le moins d’effet de toute cette anthologie.

Quels drôles d’arbres

Viktor Koloupaev

Parue en 1975, cette nouvelle nous amène à la découverte d’un monde inconnu et qu’explorent un homme et ces trois enfants tant depuis leur vaisseau en orbite qu’au sein de sa surface. Ou ils vont bientôt avoir le loisir d’observer de drôles d’arbres. D’intéressantes métaphores que je vous laisse le plaisir de découvrir par vous même.

Pygmalion

Vladimir Drozd

En 1984 cet auteur Soviétique donne au mythe de Pygmalion une nouvelle dimension. Après Ovide, Rousseau, Shaw et Balzac, voici venu le Pygmalion des étoiles… Une nouvelle mélancolique et fortement teintée de poésie. Une brillante réussite qui fait honneur à cette anthologie. On pourra dès lors déplorer qu’il ne s’agisse là que du seul texte Science-Fictif de l’aueur.

Un Cheechako dans le désert

Kir Bulychev (18/10/1934 – 05/09/2003)

L’auteur de la série Alice (le seul de l’anthologie que je connaisse déjà), rédigea cette nouvelle en 1981. On y croisera deux chercheurs esseulés dans le désert d’un planète hostile, se retrouvant par la force des choses a partager quelques instants d’intimité lors d’une tempête de sable. Une nouvelle d’une facture des plus classique, oeuvre d’un artisan consciencieux.

La station intermédiaire

Valentina Soloviova

A cheval entre Fantastique et Science-fiction cette nouvelle de 1984 met en scène une jeune femme décidant pour son anniversaire de s’autoriser un acte idiot. Elle sera particulièrement exaucée en descendant à la mystérieuse station « Kilomètre 33 ». Suréaliste, mêlant l’absurde à de jolies trouvailles, un texte d’une grande qualité.

La Toute dernière guerre au monde

Vladimir Pokrovski
1984, alors que l’heure est au accords désarmements, l’auteur rédige cette nouvelle ou, un beau jour, les bombes s’émancipent, prennent vie et décident d’empêcher leur mise au rebut en créant rien de moins qu’une république des bombes. Une nouvelle fort bien maniée qui vingt ans après la sortie du « Dr Folamour » lui répond comme un écho…

20 Milliards d’années après la fin du monde

Pavel Amnouel

Une nouvelle de 1984 qui commence par une alerte généarle du NORAD et se poursuit en faisant un habile parallèle entre l’univers et l’humanité. L’un en perdition, l’autre au bord de l’annihilation nucléaire. Nouvelle forme d’un plaidoyer Soviétique contre la course aux armements et la peur d’un apocalypse à venir. Une nouvelle forte transcrivant avec talent la pensée d’un peuple qui se pose en définitif les mêmes questions que les nôtres.

Le Saule épanché et le roseau tremblant

Karen A. Simonian
Il va m’être difficile de résumer cette seconde nouvelle de l’auteur publiée elle en 1986, tant j’avoue être totalement passée à côté. Elle ne me laissera aucun souvenir marquant, si ce n’est celui d’un texte délicat à appréhender.

A la suite de ces oeuvres, l’anthologiste nous donne dans une postface une vision forcément trop courte de cette « quatrième vague » de la SF Soviétique, avant de nous livrer comme un dernier regard, quelques illustrations d’un magazine Soviétique technique du Komsomol qui publiai régulièrement de la Science-Fiction. On ressort de cette lecture avec l’impression d’avoir fait de belles découvertes. Toutes ne sont pas de la même portée, mais nul doute que le lecteur, en refermant l’ouvrage aura l’impression d’avoir fait un beau voyage et d’en avoir appris un peu plus sur cette Science-Fiction encore trop mal connue et résolument différente de ces consoeurs occidentales.

L’ouvrage n’est pas exempt de petits défauts, petits certes mais récurrents, qu’une sérieuse relecture éditoriale aurait pu gommer sans grand peine semble t’il. Ici ou là la traduction semble un peu empesée, mais rien qui ne soit préjudiciable outre mesure. Comme c’est toujours le cas dans ce genre d’exercice périlleux quelques textes vous toucherons moins que d’autres, mais il faut avouer que c’est là une belle réussite sur un sujet qu’il n’était pas facile d’aborder. Si la plupart des textes sont issues des années 60 à 80, quelques textes plus anciens mettent en évidence ‘l’évolution de style. Un ouvrage que je recommande tout particulièrement à tous les amoureux de la SF et à tous les petits curieux. Un excellent moyen de s’éloigner le temps de quelques heures de ces Science-Fiction Américaines et Britanniques si connues par chez nous, pour s’ouvrir sous la plume d’un anthologiste qui connait son sujet, à d’autre horizons de ce genre que nous chérissons.

Avis aux amateurs : Rivière Blanche semble préparer en outre un volume intitulé « Dimension Russie ». Pour l’heure je vais adresser ce volume reçu par l’éditeur à l’un de mes collègue Bloggueur histoire de répandre la bonne parole. Pour un premier contact avec cette maison d’édition je dois avouer que pour ma part je suis plutôt séduit. On devrait donc reparler de « Rivière Blanche » au sein du Quadrant Alpha dans les mois à venir.

Traqueur Stellaire, Cafard Cosmique, Librairie Critique

Edition : Rivière Blanche

Collection : Fusée
Parution : Mars 2009
Auteur : Patrice Lajoye
Pages : 300
ISBN :
1934543705
Prix Indicatif :

20,00 Euros