Le Voisin de Tatiana de Rosnay

Résumé

Un mari souvent absent. Un métier qui ne l’épanouit guère. Un quotidien banal. Colombe Barou est une femme sans histoire. Comment imaginer ce qui l’attend dans le charmant appartement où elle vient d’emménager ? À l’étage supérieur, un inconnu lui a déclaré la guerre. Seule l’épaisseur d’un plancher la sépare désormais de son pire ennemi… Quel prix est-elle prête à payer pour retrouver sommeil et sérénité ? Grâce à un scénario implacable, Tatiana de Rosnay installe une tension psychologique extrême. Situant le danger à notre porte, elle réveille nos terreurs intimes.

Avis

J’ai lu ce livre dans le cadre d’une lecture commune organisée par De-pages-en-pages avec Stellade, Mimigogotte, Grizelda, Nane42, Reveline, Angelebb,  Tinelire et Licorne.

Dans ce roman Colombe Barou, une jeune femme sans histoire, s’installe avec son mar
i et ses enfants dans un nouvel appartement. Rapidement, des bruits nocturnes, entendus par elle seule et émanant de l’appartement du dessus, commencent à perturber ses nuits. Le calvaire de Colombe commence alors : son voisin décrit par tous les occupants de l’immeuble comme un homme charmant va devenir pour elle une véritable obsession.

L’auteur nous plonge avec brio dans une ambiance angoissante et oppressante, car au-delà des bruits, Colombe se sent épiée, menacée par cet homme qu’elle entend, sans jamais le voir.

J’ai beaucoup aimé le changement progressif de la personnalité de Colombe, dû au manque de sommeil. Cette jeune femme calme et douce, sans ambition, et jusque là satisfaite de sa vie, va se transformer en une personne agressive et se rebeller contre la monotonie de sa vie, aussi bien au niveau professionnel que personnel. La Colombe agressive est d’ailleurs à mon avis beaucoup plus intéressante que la Colombe douce.

Le lecteur qui se pose énormément de question sur l’identité de ce mystérieux voisin, omniprésent tout au long de la lecture bien que physiquement absent, est tenu en haleine jusqu’au final surprenant.

Ce roman très plaisant présente à mon avis une seule « invraisemblance » : le fait que, dans un immeuble, une musique forte en plein milieu de la nuit ne réveille qu’une seule personne.

La vie très privée de Mr Sim de Jonathan Coe

Maxwell Sim, 48 ans, n’est pas vraiment ce que l’on pourrait appeler un « homme heureux ». Sa femme l’a quitté six mois plus tôt pour s’installer à Kendal avec leur fille Lucy et depuis, plus de nouvelles. En guise de cadeau de rupture, elle a offert à Max un aller/retour pour l’Australie où vit son père, un homme maladroit et distant, plus sensible à la poésie de T.S. Eliot qu’à sa famille. Ce voyage sera l’occasion pour Max de faire des rencontres étonnantes qui modifieront le cours de sa vie et l’orienteront dans ses choix. De retour en Angleterre, un nouveau travail l’amènera, en tant que représentant en brosses à dents à traverser le pays jusqu’aux Shetlands dans sa Toyota Prius de location. Ce trajet rempli d’imprévus lui permettra de renouer avec ses racines, de tomber amoureux, mais surtout de trouver des réponses quant aux questions qu’il se posait sur sa véritable identité…

Avec « La vie très privée de Mr Sim », Jonathan Coe nous offre un roman initiatique d’un genre nouveau. Terminé le héros jeune et naïf parti faire l’apprentissage de la vie dans un monde où le bonheur est au bout d’un chemin semé d’embûches. Ici, la jeunesse du protagoniste est déjà loin derrière lui, sa naïveté a été remplacée par la lassitude et le bonheur semble perdu à jamais.  Dis comme ça, l’histoire pourrait paraître sombre et déprimante et pourtant, il n’en est rien ! Au contraire, la plume de l’auteur est pleine d’humour et de légèreté. Sous ses dehors solitaire et dépressif, Maxwell est en fait un personnage attachant et un peu loufoque qui ne manque pas une occasion de faire rire et d’amuser (souvent à ses dépens) le lecteur. On dévore avec une réelle avidité les aventures de cet homme banal, qui pourrait être Mr tout le monde, et qui néanmoins surprend et émeut par sa sensibilité à fleur de peau et la force de son caractère. Max est un personnage qui évolue, passif et effacé au début, son voyage lui permet de se découvrir de jour en jour, bien souvent grâce au regard des autres. Un roman sensible et humain donc, servit par le style remarquable de Coe. C’était mon premier roman de cet auteur et je dois dire que j’ai trouvé l’écriture extrêmement agréable, à la fois fluide, piquante et dotée d’une bonne dose d’humour ! Bref, un livre que j’ai vraiment adoré et que je recommande sans hésiter à tout le monde !

Un énorme merci aux éditions Folio et à Livraddict pour cette excellente découverte !

Eden d’Alain Claret

Merci à Livraddict et aux éditions Robert Laffont de m’avoir permis de découvrir Eden, d’Alain Claret.

Présentation de l’éditeur :

Les hommes du cartel de Sinaola sont entrés dans Paris. Implacables, inhumains, ils viennent s’emparer du marché français de la drogue et récupérer les milliards confiés pour blanchiment à des financiers qui veulent leur faire croire aujourd’hui que leur argent s’est volatilisé. Les hommes mais aussi les femmes : Juana, fille d’un sénateur milliardaire et d’une paysanne indienne illettrée et Madeleine, son amante, son double, une française que Juana a sauvée d’un douloureux suicide. Elles veulent Eden ; l’homme de paille qui investissait cet argent. Tandis que les hommes du cartel mettent la ville à feu et à sang pour installer leurs réseaux et que les Français tétanisés contemplent à la télévision le spectacle effrayant de leurs banlieues dévastées, les deux femmes poursuivent un autre but : se venger du monde dans lequel elles sont nées. Leurs méthodes seront pires que celles des tueurs et des assassins et Eden, incapable de comprendre de quoi est fait son ennemi, sera l’enjeu de ce combat vertigineux que se livrent de toute éternité les hommes et les femmes, l’argent et le pouvoir.

Mon avis :

Eden est ma deuxième expérience avec Alain Claret. La première m’avait laissée pantoise. Si la seconde s’est avérée plus intéressante, j’ai retrouvé dans le roman des aspects qui m’avaiten profondément irritée auparavant. Le style d’Alain Claret est, au mieux, orné, au pire, complètement baroque. J’ai été agacée par un recours que j’ai trouvé compulsif à l’épithète et à la comparaison, qui alourdit considérablement la narration. C’est dommage, car cette fois, j’avais accroché côté trame, appréciant cette ambiance très actuelle et ce portrait contemporain d’une mafia dont les valeurs ne sont plus celles du Parrain, mais du libéralisme économique. Les personnages sont assez convaincants, mais là encore je trouve que l’auteur en fait trop, surtout du côté de Juana, sorte de sorcière aztèque des équations économiques. Encore une fois le trip mystique est au rendez-vous.

Avec Eden, l’auteur n’a pas réussi à me convaincre. Je ne dirais pas que le livre est mauvais, ce n’est pas vrai, néanmoins, je ne parviens pas à adhérer à un style qui me semble passablement ampoulé. Côté polar un peu littéraire, un peu travaillé, je trouve davantage mon compte chez des gens comme Fred Vargas ou Antonin Varenne, ou chez des nordiques comme Gunnar Staalesen. Après deux échecs consécutifs, je ne retournerai pas vers Alain Claret.

La parure byzantine d’Elena Arseneva

Amatrice de romans policiers historiques je me suis lancée dans la lecture des romans d’Elena Arseneva, en commençant par « La parure byzantine » qui vient d’être rééditée en poche chez 10/18.

Ce roman, qui se déroule à Rostov, juste avant le mariage du futur Vladimir Monomaque avec Guita,fille du roi anglais Harold, nous permet de découvrir une Russie à la fois démocratique et véritable carrefour commercial de l’Europe éclairée du XIéme siècle : à Kiev on croise des byzantins, mais aussi des scandinaves et des mongols. Et bien sûr, si l’intrigue policière et nombres de personnages sont des créations de l’auteur, on croise néanmoins quelques personnages historiques au cours d’événements marquants de leur parcours.

Le héros de « la parure byzantine » est le boyard Artem, chef des Droujinniks au service du prince. Il mène ses enquêtes avec l’aide d’un sympathiques duo de garde, Mitko et Vassili, ainsi que du jeune Philippos, un jeune garçon plein de ressources. Le coté bon enfant de ce trio permettant de gommer certains aspects, plutôt rudes, d’Artem qui symbolise parfaitement cette Russie naissante, pleine de promesses mais toujours très rude dans ses moeurs, hérités tant des vikings que des cavaliers des steppes.

J’ai beaucoup apprécié ce roman tant pour son enquête policière, bien menée, que pour son cadre historique très intéressant et tout à fait nouveau pour moi.

Éloge de la trahison de Jacques Aboucaya

Résumé :

« Qu’est-ce que la trahison sinon une loyauté à l’envers, et par là d’autant plus intéressante ? Si je pousse aux limites mon introspection, elle me fournit la raison essentielle de cet attrait pour la trahison ressenti depuis ma tendre enfance. Il procède de la défiance quasi instinctive envers le troupeau. De la sympathie spontanée pour celui qui se démarque ? et peu importe la raison qui le meut. Que ferait la police sans les indics ? Quelle politique extérieure digne de ce nom pourrait être conduite sans les espions ? Et sans Judas, pas de trahison donc pas de résurrection. A lui, simple mortel, échoit le rôle de décider de la mort de Dieu. »Dans son dialogue avec un compagnon de voyage, l’auteur nous livre une réflexion drôle et caustique sur la trahison, puisant aux vastes sources de sa culture littéraire et artistique pour entraîner le lecteur dans les méandres de son éloge paradoxal. Un vrai régal !


Mon avis :

Ce livre est intéressant. En 135 pages, l’auteur nous propose un tour d’horizon de la trahison dans différents domaines, politique, histoire, art, sport… et nous la montre comme nous l’avons jamais vu. Néanmoins, j’ai quand même quelques points négatifs à raconter dessus, pas spécialement sur le contenu, loin de là ! Mais plutôt sur la manière dont le sujet est amené.

Tout d’abord, j’ai trouvé le sujet trop rapide, l’auteur débite beaucoup trop d’un coup sans laisser le temps au lecteur de respirer, surtout que parfois faut s’accrocher pour suivre ! Ensuite comme autre problème, je note la forme qui est, de mon point de vue, pas vraiment appropriée à ce genre de sujet. Présenter cette cause sous la forme d’un pseudo roman, enlève beaucoup à ce livre, pour ma part je pense qu’un réel essai -même court- aurait été plus agréable. Sans compter que ça aurait été plus logique au vu de la situation et du déroulement de la scène.

Je sais là n’est pas le principal de ce bouquin, mais le fait que le narrateur soit un dictionnaire d’anecdote, de référence en tout genre, qu’il trouve comme ça au quart de tour réponse à tout, m’a sérieusement exaspéré ! Sans oublier qu’il peut parfois se montrer extrêmement énervant, en effet quand on le lit on a l’impression qu’il veut tellement en dire, qu’il écoute que d’une oreille distraite ce que son interlocuteur raconte, dommage… Mais bon, faut dire qu’on passe dessus assez vite quand même.

Mais outre ces détails et un début assez laborieux, j’ai commencé à plus apprécier le bouquin aux environs de la page 83, et en particulier les chapitres sur l’art, le sport, et la littérature, que j’ai pris grand plaisir à lire, il y’a quand même quelque chose qui me taraude… Dans ces derniers chapitres l’auteur n’en fait-il pas trop ? En ce qui me concerne, j’ai trouvé que si.
Je dois avouer que là où l’auteur voit la trahison, moi je verrais plus une simple, -presque banale- évolution ; évolution de la poésie, évolution de la musique ou encore évolution de la peinture. Certes, pour le narrateur c’est une trahison féconde, un « tuer le père ». Pour moi cependant il n’en est rien. Pourquoi l’évolution serait-elle parricide, donc trahison ? Ça n’a pas de sens. Tout n’est pas lier, même si ça se suit. Beaucoup de choses existent en tant que telle et unique, sans lien avec quoi que ça soit. Beaucoup de choses évoluent, parce que ça doit évoluer, et non parce qu’il faut éclipser le passer. Pourquoi toujours cette obsession de chercher midi à quatorze heures ? Mais là n’est sans doute pas le sujet de ce livre.

En résumé c’est un livre qui ouvre un bon sujet de réflexion, qui m’a fait voir la trahison comme je ne l’avais jamais vu, mais hélas la forme et la rapidité ne conviennent pas. Je remercie cependant les éditions Rocher et Livraddict pour ce partenariat, car ça reste, malgré tout un livre à découvrir.

Bonne lecture.

Florel.