Les secrets des milles et une nuits de Dalal Henry

C’est en participant à un partenariat entre Livraddict et les éditions Baudelaire (que je remercie tous les deux) que j’ai découvert ce livre.

Ce livre est un essai, une thèse de doctorat de psychologie.

Les contes des mille et une nuits sont très connus : Sharazhad, la fille du vizir, jeune femme astucieuse, raconte tous les soirs un conte à son époux le calife Shahryâr. Celui-ci, suite à une déception amoureuse, avait décidé de se marier chaque jour à une jeune vierge pour ensuite la tuer le lendemain, (ainsi elle n’aura pas le temps de le tromper !). Or, charmé par le conte, il laisse chaque jour la vie sauve à Sharazhad, afin d’entendre la suite.

A l’origine ce sont des contes oraux, qui ont été ensuite écrits tardivement. On trouve deux sources écrites arabes : une source plutôt égyptienne (édition Baruq) et une source plutôt syrienne. Les spécialistes pensent à une origine indo-persane, (on évoque l’existence d’un ancien manuscrit persan intitulé : Hazâr Hafsânè « Les mille contes » à l’époque des abbassides, vers le X siècle à Bagdad, qui serait un prototype, en quelque sorte).
Puis ils ont essaimé dans le monde arabe vers le VIII siècle et ont été islamisés, (manuscrit du XI siècle au Caire époque fatimide) on a rajouté alors d’autres contes, à connotation plus religieuse.
Dalal HENRY soutient, elle, la thèse d’une origine essentiellement arabe, plutôt syrienne, les contes auraient ensuite émigrés en Perse et, de là, ailleurs dans le monde arabe.
En réalité, les 1001 nuits ont subi une métamorphose importante et la morale du manuscrit persan a été remplacée par une morale plus arabe, plus islamique, de même, les copistes n’hésitaient pas à changer des contes, voire même à en supprimer pour en ajouter d’autres. Les contes ont ainsi été légitimés dans la culture islamique. Donc les controverses sur l’origine n’enlèvent rien au travail de Dalal Henry.
Elle s’appuie pour son analyse sur une édition arabe proche du manuscrit syrien, et le but de sa recherche est « l’étude des rapports de pouvoir dans les contes ». Elle note aussi que, à travers les contes, nous, lecteurs (et lectrices !) occidentaux, pourrions ainsi toucher du doigt « la vision du monde et la manière de penser d’une personne orientale. »

Les Mille et une Nuits, c’est comme des poupées gigognes : dans un conte on en a un autre, dans ce dernier un autre encore, contes imbriqués les uns dans les autres, narrateurs héros du conte contenant, le tout dans un conte-cadre : l’histoire de Sharazhad. C’est une pratique (renseignements pris) qui n’est pas unique dans la littérature orientale ancienne.
De même les personnages ressemblent souvent au vizir et au calife : il y a un effet miroir.
Dalal Henry pense que les différentes histoires ont toutes rapport avec Ja’far le vizir, figure historique (fin VIII siècle), qui lui-même a été tué avec sa famille, les Barmakides. Mais ce meurtre fait référence à un autre Ja’far, homme saint chiite, et donc il y a aussi dans ces récites des références à la persécution des chiites.
Là aussi, plusieurs niveaux…
Les contes des mille et une nuits sont pleins de créatures méchantes, jalouses, assassinats et meurtres, compassion aussi. Beaucoup de violence, surtout envers les femmes : femmes battues assassinées, femmes qui sont très souvent perfides, adultères et causent la ruine de leur amant. Mais certaines sont très savantes et rusées.
L’auteure insiste beaucoup sur la place des femmes dans le conte et s’exclame à tout moment sur leur mauvaise image, ou leur disparition de la place publique : les mères (de jeunes enfants,) ne sont pas présentes. Est-ce un scoop ? Tout le monde sait que les femmes mariées exerçant leur rôle d’épouse et de mère sont à la maison, à l’intérieur.

L’auteure compte 111 contes qu’elle dissèque et classe pour établir une analyse psychologique. Elle en sort des thèmes, situations, personnages-type….
L’analyse de ce conte est faite essentiellement au regard du pouvoir : pouvoir des hommes sur les femmes, pouvoir moindre des femmes sur les hommes, du calife sur son vizir, des rois sur le peuple, pouvoir de l’argent, pouvoir de la société sur l’individu, pouvoir de Dieu …. Et surtout, surtout, pouvoir de la parole : la parole, ici le conte, pour avoir la vie sauve, car il est plaisant à écouter, ou bien il est instructif et va influencer le jugement.

Dalal Henry dit que Les 1001 nuits ont aussi une dimension politique, permettant de parler de l’oppression des chiites, de faire parler l’opposition au pouvoir et critiquer les dirigeants.

Elle fait enfin un parallèle avec le Coran, le livre de référence ultime, qui lui-même est transmis oralement au Prophète. De même que le Coran sauve la vie des femmes (en leur donnant une vie décente) et celle des petites filles (qu’on enterrait vivantes à l’époque pré-islamique), de même la parole de Shahrazâd lui sauve la vie (et celle de toutes les autres femmes du royaume).

En conclusion, l’auteure dit que Les 1001 nuits est le récit d’une lutte de pouvoir entre les hommes et les femmes, la prise de pouvoir des hommes sur les femmes : les femmes, mauvaises, vont devenir bonnes, honnêtes et croyantes grâce au Coran . Elle explique que L’homme est entre la femme et Dieu. Il veut se rapprocher de Dieu pour être comme lui : tout-puissant et immortel. La femme lui permet d’exercer sa virilité, (son pouvoir), et lui permet de procréer, et vivre à travers les générations suivantes (une sorte d’immortalité). Sauf que la femme, par le désir qu’elle suscite, éloigne aussi ce pauvre homme de l’idée de Dieu. Il doit donc éloigner celle-ci.

Mon avis est mitigé. Ce livre a le mérite de résumer, d’énumérer et surtout de classifier les différents contes des 1001 nuits. A travers les contes, Dalal Henry nous parle de la culture musulmane et de la place des femmes dans l’imaginaire collectif.
Il est vrai que ce livre m’a permis de me plonger dans une littérature que je ne connaissais pas, dans l’histoire des débuts de l’Islam (scission entre les chiites et les sunnites), et surtout dans une période du monde arabe qui était très ouverte aux apports culturels extérieurs.

C’est vrai que je ne l’ai pas dévoré comme un roman, normal : il s’agit d’un essai.
J’ai mis pourtant beaucoup de temps pour le lire à cause de certaines affirmations que je trouvais un peu raccourcies, qu’il aurait fallu étayer un peu plus à mon sens, d’autres fois une même idée est reprise plusieurs fois et on a l’impression de tourner en rond, j’aurais aimé alors un peu plus de concision.
De plus, j’ai trouvé que certains passages étaient un peu en dehors du sujet, et ça me gênait car me détournait de la thèse du pouvoir. Le tout laissant une impression un peu « fouillis ».
Mais en laissant « reposer » cet ouvrage, je me suis dit par contre que ce livre est aussi un moyen de parler de la place des femmes en Islam. Dalal Henry pourrait peut-être dans un prochain livre, nous en apprendre davantage…

Pour lire Les 1001 nuits :
Les traductions sont nombreuses. La plus connue dans le monde occidental est celle de Galland, date du XVIII siècle (1704) et est une révélation en Europe. Galland a surtout utilisé la source syrienne. Bien sûr, Galland va uniformiser le vocabulaire, édulcorer les scènes trop érotiques et en fera un livre lisible par tous. On peut dire qu’il est à l’origine de L’engouement pour l’orientalisme. Edition Garnier Flammarion et sur Gallica par exemple.
La traduction anglaise de Richard Francis Burton (dans les années 1880) est plus érotique.
La traduction de Mardrus début 20ème est beaucoup moins chaste aussi (chez robert Laffont édition collection Bouquin).
La traduction de René Kawam (commencée dans les années 60) aux éditions Phébus (1986) a le mérite d’être faite à partir des manuscrits originaux anciens (et non à partir d’éditions arabes).
Enfin la traduction d’André Miquel et Jamel Eddine Bencheickh en Folio classique (1991-1996) et depuis peu dans la Pléïade (à partir de l’édition arabe « Baruq ») est réputée.

Que vous dire de plus? Ce livre a eu le mérite de me pencher sur ce conte qui est tellement riche, de me renseigner, d’apprendre de nouvelles choses c’est pourquoi je remercie encore Livraddict et les éditions Baudelaire.

Les secrets des mille et une nuits
Dalal Henry
Editions Baudelaire

Les Enchantements d’Ambremer, Pierre Pevel

Ce livre a été lu dans le cadre d’un partenariat entre Livraddict et Le Livre de Poche. Je les remercie vivement tous les deux pour une belle découverte et pour m’avoir un peu fait sortir de mes lectures habituelles.

Résumé

Paris, 1909. La tour Eiffel est en bois blanc, les sirènes se baignent dans la Seine, des farfadets se promènent dans le bois de Vincennes… et une ligne de métro relie la ville à l’OutreMonde, le pays des fées, et sa capitale, Ambremer. Louis Denizart Hippolyte Gryffont est mage du Cercle Cyan, un club de gentlemen-magiciens. Chargé d’enquêter sur un trafic d’objets enchantés, il se retrouve impliqué dans une série de meurtres. L’affaire est épineuse et Griffont doit affronter bien des dangers : un puissant sorcier, d’immortelles gargouilles et, par-dessus tout, l’association forcée avec Isabel de Saint-Gil, une fée renégate que le mage ne connaît que trop bien.

Mes impressions sur le roman

J’ai été enchantée par l’ouvrage dès que je l’ai eu entre les mains. L’édition du Livre de Poche était soignée, la police sortait de l’ordinaire, la couverture très jolie et attirante, tout comme la tranche du livre et le résumé de la quatrième de couverture était tout à fait intriguant.

Je m’y suis donc très vite plongée et dès les premières pages, j’ai été transportée par l’écriture fraîche et légère de Pevel, dans un monde merveilleux. On se prend vite au jeu de ce monde enchantée, on s’y croirait presque et il semble tellement bien correspondre à l’image que l’on se fait du début du XXe siècle. À chaque page, c’est une nouvelle découverte qui nous fait rire ou sourire…

Et puis peu à peu, l’on rentre dans le vif du sujet, une enquête policière menée par le mage Griffont, un personnage très sympathique. Les ficelles de l’histoire sont très bien menées. J’avais peur qu’en si peu de pages, le tout soit bâclé, mais pas du tout et l’on se laisse porter facilement jusqu’au dénouement. Dommage que ce dénouement soit un peu trop facile à mon goût. Mais l’on a tout de même hâte de découvrir le livre suivant, l’Élixir de l’oubli, pour avoir des précisions sur certaines choses.

Même si l’enquête est très bien menée, je trouve toutefois le livre trop rapide pour que l’on s’attache vraiment à ses personnages et que l’on comprenne leurs attitudes. Certains sont trop bâclés ou assez peu crédibles. Isabel de Saint-Gil était parfois parfaite dans son rôle de femme inaccessible et originale, mais d’autres fois elle ne semblait plus du tout être elle-même dans ses gestes ou ses paroles, sous la plume de Pevel. Je n’ai d’ailleurs pas non plus été vraiment convaincue par les méchants, trop simplistes, trop communs, trop connus. Le tout est en fait bien trop manichéen, avec le happy-ending que l’on attend tous !

J’ai par contre beaucoup apprécié le traitement de l’histoire mis en place par l’auteur. L’écriture coule bien et j’ai vraiment dévoré le livre. On veut toujours en savoir plus et connaître enfin le fin mot de l’histoire. Les notes d’humour sont un bon plus et les constants clins d’œil au lecteur sont très appréciables et ne coupent pas du tout la lecture. Dommage qu’ils deviennent moins nombreux lorsque la mise en place a été faite et au fur et à mesure que l’histoire avance.

Je ne suis globalement pas une grande lectrice de fantaisie, mais ce livre de Pevel est tout à fait abordable et j’ai beaucoup aimé pouvoir embarquer dans un autre monde. Certaines choses sont bâclées ou simplifiées, mais on se laisse vite emportée par la magie et par l’enquête. Et l’écriture pleine d’humour de Pevel rattrape tout. Une lecture très agréable, une belle découverte. J’ai vraiment hâte de me plonger dans d’autres romans de Pierre Pevel.

Ma note : 4/5

Thérapie, de Sebastian Fitzek

Ce livre a été lu dans le cadre d’un partenariat entre Livraddict et le Livre de Poche, que je remercie tous les deux pour cette découverte.

Résumé :

Josy, la fille du psychanalyste Viktor Larenz, souffre d’une maladie inconnue et disparaît mystérieusement. Quatre ans ont passé, Larenz s’est retiré sur une île au nord de l’Allemagne et reçoit la visite d’une romancière qui souffre d’une forme rare de schizophrénie : les personnages qu’elle invente prennent vie et son dernier roman ressemble étrangement à l’histoire de Josy…

Mon avis :

Contre toute attente, j’ai dévoré ce livre d’un bout à l’autre ! Honnêtement, ça ne m’arrive pas très souvent, encore moins ces temps-ci où j’ai de moins en moins le temps de lire. Cependant, en quelques heures, le livre était terminé et je ne regrette pas de m’y être mise. Une agréable découverte que voilà !

Commençons d’abord par l’histoire, celle qu’on croit être d’une romancière schizophrène et qui est en fait celle du docteur Larenz. Une histoire tordue, qui commence dans la salle d’attente d’une clinique où le docteur fait sa première crise de folie. L’instant d’après, on le retrouve sanglé à un lit d’un hôpital psychiatrique, en compagnie d’un médecin à qui il souhaite raconter son histoire. Et quelle histoire…

Le style est fluide, sans prétention et efficace. Il ne s’embarrasse de descriptions inutiles ou de fioritures gênantes ; on va tout de suite droit au but, droit dans l’action, et j’ai trouvé ça très appréciable. Dès le début la situation est tendue, inquiétante, et plus les apparitions de la mystérieuse Anna se répètent, plus on a l’impression que quelque chose se trame derrière notre dos.

Et c’est bien le cas ! Petit à petit, le mystère, le suspense et l’angoisse s’épaississent, et on se demande qui tire les ficelles dans cette histoire, quels sont les personnages clefs, et même, lesquels sont réel. Entre la schizophrénie et les vrais symptômes, dur de démêler le vrai du faux, et jusqu’à la fin on reste en haleine pour avoir le dernier mot de l’histoire.

Le seul point agaçant, qu’on ne retrouve que dans les premiers chapitres de l’histoire, est la manie de l’auteur de terminer ses chapitres avec un cliffhanger cheap :

« Quatre jours devaient encore s’écouler avant qu’il apprît la vérité. À un moment où, malheureusement, il serait déjà trop tard pour lui ».

Heureusement, il se débarrasse assez vite de ce défaut qui, je trouve, coupe un peu le rythme de l’histoire.

Pour moi, ce livre mérite allègrement son titre de thriller, et bien que ses petites 300 pages m’ait au départ fait craindre quelque chose de bâclé, on dispose de toutes les informations nécessaires pour apprécier pleinement l’action. Une agréable découverte pour la non-amatrice du genre que je suis et qui sait, peut-être une bonne raison d’acheter le second livre de l’auteur, Ne les crois pas.

Ma note : 8,5/10

Compte-rendu du Book Club de décembre 09: Christmas Carol

Le mercredi 9 décembre 2009 a eu lieu le deuxième Book Club organisé par Livraddict. Pas moins de 38 membres s’étaient inscrits pour la discussion prévue sur notre forum entre 18h et minuit, même si malheureusement seulement 24 participants y ont finalement pris part. L’objet de notre lecture commune était cette fois-ci un grand classique de la littérature anglo-saxonne: « Christmas Carol » (ou « Le drôle de Noël de Scrooge »), de Charles Dickens.

1. Présentation de la lecture commune

Titre: « Christmas Carol » ou « Le drôle de Noël de Scrooge », de Charles Dickens.

Résumé:

Le soir de Noël, un vieil homme égoïste et solitaire choisit de passer la soirée seul. Mais les esprits de Noël en ont décidé autrement. L’entraînant tour à tour dans son passé, son présent et son futur, les trois spectres lui montrent ce que sera son avenir s’il persiste à ignorer que le bonheur existe, même dans le quotidien le plus ordinaire.

2. Participants:

Jess, Fée Bourbonnaise, Heclea, lasardine, Tigger Lilly, Thalia, Spocky, Miss Spooky Muffin, Nathalie, Lolo, Frankie, El Jc, Pauline, Emeralda, Aricie, Erell, Cynthia, Marieke, valou192, Aily, Cacahuète, Stellade, BelledeNuit, baba

3. Avis exprimés:

La discussion a été divisée en six sujets, autant de questions auxquelles pouvaient répondre les participants:

Général,  pour les impressions générales et des notes sur 10.
Histoire, pour discuter de l’intrigue. Avez-vous apprécié cette histoire ?  Un grand classique de la littérature comme celui-ci vous parait-il toujours d’actualité sur les thèmes abordés (individualisme, pauvreté…)? Connaissez-vous d’autres contes de Noël que vous pourriez nous recommander ?
Style: Avez-vous aimé la façon dont cette histoire était narrée ?
Personnages: Qu’avez-vous pensé de Scrooge, des fantômes et des autres personnages ?
L’auteur: Charles Dickens est un auteur classique de la littérature anglo-saxonne; avez-vous lu d’autres oeuvres de sa plume ?  Qu’en pensez-vous ?
Citations: Pour citer les passages qui ont marqué les lecteurs.
Cette histoire dans les arts et au cinéma: Plusieurs films et dessins animés ont été basés sur cette histoire (dont le dernier, le film de Robert Zemeckis, est sorti en Belgique le 18 novembre, et en France le 25). Lesquels avez-vous vus et qu’en avez-vous pensé ?  Connaissez-vous d’autres références à cette oeuvre dans les arts ?

Les impressions générales ont été pour le moins variées, allant d’un extrême à l’autre, de ceux pour qui cette lecture fut un coup de coeur à ceux qui n’ont pas réussi à terminer cette nouvelle !  Les raisons invoquées pour expliquer les différents avis sont elles aussi très différentes d’un lecteur à l’autre: certains ont été dérangés par le style trop classiques, d’autres ont applaudi les descriptions qu’ils ont trouvées superbes, certains ont trouvé l’intrigue peu crédible tandis que d’autres qui seraient allergiques aux contes ont été séduits par celui-ci… Des avis très variés donc, qui préparaient de belles discussions.

La discussion sur l’histoire a tourné autour de plusieurs thèmes. Le premier est la définition de « l’esprit de Noël » tel qu’il est décrit, et même créé, par Dickens. La plupart des participants ont noté l’influence de ce conte dans l’imaginaire collectif américain et mondial en ce qu’il présente une fête de Noël moins commerciale, orientée sur le partage et le bonheur en famille. Un autre thème de discussion fut la conversion de Scrooge: certains l’ont trouvée précipitée et ont regretté qu’il ait l’air de reconnaître les défauts de son caractère dès le premier fantôme, tandis que d’autres ont souligné que ce genre de changements fait partie de la définition du conte de Noël et que chaque fantôme participe à la prise de conscience de Scrooge. L’ensemble des participants semble d’accord pour dire que les thèmes abordés (individualisme, partage, pauvreté,…) sont encore tout à fait d’actualité malgré l’âge de cette oeuvre.

Au niveau du style, les avis sont assez tranchés: il y a ceux qui se sont perdus dans les longues phrases qui leur ont rendu cette lecture pénible, et ceux qui ont beaucoup aimé la virtuosité de Dickens; entre les deux, certains ont eu besoin d’un petit temps d’adaptation avant de commencer à apprécier l’écriture. Les lecteurs semblent cependant d’accord pour constater que le style correspondait à la mode de l’époque.

La discussion concernant les personnages a principalement tourné autour de Scrooge lui-même: les lecteurs se divisent entre ceux qui ont trouvé qu’il méritait ce qui l’attendait, et ceux qui ont eu pitié de ce personnage et de sa carapace de méchanceté. En ce qui concerne les fantômes, chacun a sa petite préférence, mais une question est restée en suspens: à quoi correspond la symbolique qui les entoure (apparence, caractéristiques,…) ?

La grande majorité des participants n’avaient encore rien lu de cet auteur. Même ceux à qui le style a déplu sont pourtant décidés à lire d’autres oeuvres, car les participants sont tombés d’accord sur le fait que découvrir le grand écrivain humaniste qu’est Dickens via un conte de Noël ne permet pas d’avoir un véritable aperçu de son oeuvre. Ceux qui ont déjà lu certains de ses romans recommandent « A tale of two cities » (« Histoire de deux villes ») pour poursuivre l’expérience.

Dans le sujet où les membres citent leurs citations préférées, ce sont principalement des descriptions qui ont été présentées; beaucoup de lecteurs ont été marqués par la talent de l’auteur pour faire vivre certaines scènes marquantes.

Enfin, dans la discussion sur les adaptations de cette histoire dans les arts et au cinéma, plusieurs membres ont cité « Le Noël de Mickey » ou « Noël chez les muppets ». Mais nous nous sommes aperçus au fil de la discussion que les adaptations sont extrêmement nombreuses et variées, parfois même inattendues. El Jc nous a aussi présenté des copies de gravures originales qui décoraient son livre.

Pour découvrir toutes les informations sur ce livre et les critiques individuelles des participants, rendez-vous sur la page Bibliomania qui lui est dédiée !

Harry revu et corrigé de Mark Sarvas

Ce livre a été lu dans le cadre d’un partenariat avec les Éditions NiL (Robert Laffont) que je remercie, et en avant-première puisque la sortie de l’ouvrage est prévue pour le 11 janvier 2010.

Présentation de l’éditeur
Beverly Hills, Californie. En route pour le funérarium où doit avoir lieu la crémation de sa femme décédée brutalement, Harry, loser pétri de culpabilité, s’arrête dans un improbable café et commande un sandwich dont il ne veut pas, mais qui l’inspire pourtant… Là, il est pris d’un béguin irrésistible pour Molly, la serveuse. Conquérir le cœur de sa belle va le mener très loin, notamment :
– à s’employer par tous les moyens, et sans succès, au bonheur de la collègue de Molly, la revêche Lucille ;
– à lire Le Comte de Monte-Cristo ;
– à casser la figure à un type pour la première fois de sa vie ;
– à virer sa secrétaire ;
– à s’interroger sur l’amitié véritable ;
– à prendre un cours de boxe auprès de Max le podologue ;
– à rencontrer un certain Elliott…
Dans une tentative échevelée pour reprendre les rênes de son existence, il cherche à accomplir de bonnes actions, mais sème le doute, la confusion et le chaos tout autour de lui. En dernière minute, il renoncera même à l’amour de Molly pour jeter un regard lucide et réconcilié sur le grand amour de sa vie, Anna, sa femme désormais disparue. Son voyage émotionnel lui aura enfin révélé sa personnalité, dans une version légèrement revue et corrigée…
On rit beaucoup à la lecture de ce roman à la construction complexe où s’imbriquent une multitude d’intrigues secondaires. En plus d’être hilarante, l’histoire d’Harry explore des thèmes plus durs, plus denses, comme le deuil et l’estime de soi, avec une infinie subtilité.

Mon avis :

La présentation du livre m’intriguait, j’ai donc demandé à participer au partenariat.
Premières pages, premières impressions… Le « héros » parle de l’enterrement de sa femme, du choix du cercueil (le plus cher pour faire bien), des coussins inutiles dans le cercueil puisque celui-ci est fermé (dialogue franchement drôle entre un homme conscient de l’inutilité d’une tonne de coussins dans un cercueil et un professionnel qui essaie de vendre sa marchandise) et s’en suit le questionnement de Harry sur est-ce que le type des pompes funèbres l’a roulé en lui disant mettre des coussins alors qu’il n’en mettait pas ? Des questions qui me correspondent bien puisque j’ai un peu du mal à comprendre pourquoi acheter un cercueil hyper cher alors que le but c’est qu’il se désagrège (je sais, on a pris un cercueil en chêne, mais moi j’étais partante pour du sapin)… Note pour ma famille, j’aimerai un cercueil en carton recyclé, si si, ça existe ! Même si ça risque d’en choquer plus d’un, j’ai du mal avec l’idée admise que plus le cercueil est cher, plus on aimait la personne…
« C’est un machin en bronze,  forme demi-tombeau, le haut de gamme. Sachant qu’il serait jugé à tout un tas de détails, Harry n’a pas regardé à la dépense. Inutile de commettre un impair à ce stade. Le cercueil est fermé, nécessairement. »

Bref, revenons à nos moutons, ou plutôt à Harry.

Je continue ma lecture et… j’ai détesté. Tout, le personnage que je trouve dégoûtant et franchement sans intérêt, l’histoire que je ne vois pas avancer… Mais je continue, car il le faut (forcément, j’ai une critique à écrire dessus).

J’en suis à la page 80 quand enfin, je sens que je suis dans l’histoire… Je suis prise d’une frénésie lecturienne (j’invente les mots que je veux, même si je ne suis pas femme politique) pour savoir ce qu’il va se passer…

Quelques moments rien que pour les Français avec la lecture du Comte de Monte-Cristo et  le tour de France (comment alors qu’il doit y avoir 8h de décalage horaire, Harry arrive-t-il à regarder l’arrivée le soir après le travail… ?)

Finalement, à la fin du livre, on se rend compte que Harry n’est pas si insipide/dégoûtant/irresponsable/nul que ça et qu’à la relecture des évènements, les choses ne se sont passées comme ça que parce que telle ou telle chose n’a pas été dite ou faite. Il suffit parfois juste d’un petit quelque chose pour changer le cours des évènements.
Une expression m’est venue à l’esprit au fil de la lecture (enfin, après les 80 premières pages), l’enfer est peuplé de bonnes intentions…

À la fin du livre, on a envie d’être soi même et de ne pas se laisser emprisonner par ce que les gens pensent ou disent. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas des diplômes prestigieux qu’on ne vaut rien et pas parce qu’on conduit une super voiture qu’on est plus important donsmofb (29)

Par contre, contrairement à la présentation de l’éditeur, je n’ai pas ri à la lecture du roman… souri peut-être parfois, mais rien à voir avec l’hilarité promise.

Question sémantique :
-Qu’est-ce-que des « ronflements baroques » ? J’ai comme dans l’idée que ça ne doit pas être discret…