Les mots pour le lire de Collectif

Les mots pour le lireLes mots pour le lire
Collectif
Folio, 2016 – 128 pages
http://www.livraddict.com/biblio/livre/les-mots-pour-le-lire.html

4e de couverture :

Quelle passion ont en commun Vladimir Nabokov et Stefan Zweig ? Combien sont les princes d’Ambre de Roger Zelazny ? Quelle héroïne désespérée se jette sous un train ? Qu’est-ce qu’un amphigouri ? Connaissez-vous le subjonctif passé du verbe ouvrir ? Plongez au cœur des livres, jouez avec les écrivains et leurs mots !

Mon avis :

Un petit livre qui se glissera sans problème dans un sac de plage cet été. Cette succession de petits questionnaires et jeux littéraires se savoure seul ou en famille pour un agréable moment de détente, histoire de se cultiver un peu l’air de rien.

J’ai constaté que je connaissais à peu près mes classiques, mais j’ai tout de même tiqué devant l’étendue de mon ignorance dans certains domaines, c’est limite frustrant. J’ai appris quelques détails sympas – le point commun entre Jean d’Ormesson, Arto Paasilinna et Alix de Saint-André, par exemple. Les solutions sont assez détaillées pour donner parfois envie d’aller plus loin – et le cas échéant, la liste exhaustive des ouvrages cités permet d’avoir sous la main toutes les références Folio pour se les procurer. Divers genres sont représentés, avec beaucoup de classiques et quelques modernes, pas mal de poésie, un peu de polar…
À côté des questions de littérature, il y a aussi tout une série de jeux et devinettes sur les mots : orthographe et grammaire (conjugaison, homonymes), définitions, il y en a pour tous les niveaux, avec assez de variété pour que dans un groupe, chacun ait l’occasion de briller sur ses points forts.

Au final, je regrette juste la brièveté de ce petit bouquin : 128 pages, correction détaillée et bibliographie incluses, ça fait court – on ne tiendra pas avec pendant un long voyage. Mais c’est très bien pour se changer les idées, pour animer un apéritif, ou pour empêcher l’air de rien les impatients de se précipiter à l’eau juste après le déjeuner. Je l’emporterai donc volontiers en vacances pour en faire profiter la famille, merci à Livraddict et aux éditions Folio pour ce cadeau qui tombe à point nommé !

Compte-rendu du Book Club de juillet 2016 : Les Dix petits nègres d’Agatha Christie

Fahrenheit 451

Le 3 août 2016, le Book Club s’est réuni pour discuter autour du roman Les Dix petits nègres d’Agatha Christie, correspondant au thème choisi : Livre qui se déroule en été et/ou dans un lieu estival. Le roman a été publié pour la première fois en 1939 et est aujourd’hui l’un des plus vendus dans le monde.

Le récit se déroule sur l’île du Nègre, alors que dix personnes y sont invitées sous divers prétextes. Peu après leur arrivée, alors que leurs hôtes sont absents, une voix les accuse tous de crimes qu’ils auraient commis. Par la suite, les invités décèdent un à un dans des circonstances douteuses.

En tout, 24 participants ont pris part aux débats du Book Club.

Général
Le roman se mérite une note globale de 8/10. Il s’agit d’une lecture qui a plu à un grand nombre de participants. Les points forts du roman ont été le style d’écriture fluide, l’atmosphère oppressante et la comptine sur laquelle l’intrigue est basée.

L’ambiance de huis-clos est prenante et bien dosée puisque les personnages sont pris sur une île sans échappatoire où ils meurent tous à tour de rôle, mais que l’auteure a su ne pas instaurer une trop grande tension psychologique.

Certains participants n’ont cependant pas apprécié la fin, puisque le caractère de certains personnages semble peu crédible, que la fin semble précipitée et sans réflexion de la part de l’auteure, et que la morale n’est pas suffisamment bien traitée.

Plusieurs ont mentionné préférer d’autres romans de la même auteure.

Style & Auteur
L’écriture du roman est fluide, ce qui en fait une lecture rapide. L’alternance des voix est un point fort du roman, qui permet d’ajouter une touche de suspense et un peu plus d’intensité à l’ambiance huis-clos du roman.

Également, les quelques répliques d’humour noir ont plu aux participants. Le roman présente plusieurs caractéristiques de l’écriture d’Agatha Christie, notamment le style rapide et percutant, l’ambiance huis-clos et la chute surprenante et inattendue.

Intrigue & Personnages

D’abord, les participants ont apprécié la variété dans les personnages, et on particulièrement été attirés par Vera Claythorne. Certains soutiennent qu’il y en avait trop, et que le début du récit, partie durant laquelle ils sont présentés un à un, était trop long.

Il était difficile de deviner qui se cachait derrière le patronyme de Mr O’Nyme, et donc qui était le meurtrier. La majorité des participants ont eu des soupçons sur la plupart des personnages, à des moments différents de leur lecture. Cependant, certains ont pu deviner de qui il s’agissait, car le personnage en question avait pour habitude de contrôler les séances d’enquête, et de mener la discussion de façon à ne pas se faire soupçonner.

Le meurtrier a d’ailleurs mis un point d’honneur à assassiner les autres selon la comptine des dix petits nègres, mais surtout, selon un ordre précis, en fonction des crimes commis. Si les participants ont, en général, apprécié le principe des meurtres se déroulant en fonction de la comptine, peu d’entre eux trouvent l’ordre des assassinats légitimes.

D’ailleurs, certains ont souligné à quel point cet ordre ajoute de l’irréalisme au roman. En effet, il semble déjà peu probable que le meurtrier ait rencontré aussi peu d’obstacles, et qu’il ait pu effectuer les meurtres selon l’ordre qu’il avait prévu, alors qu’il n’a pas pu prévoir avec exactitude comment chacun allait réagir. Ces participants pensent que l’intrigue est truffée de tournures un peu trop faciles, et que l’assassin a eu un sérieux coup de chance.

Quant à l’épilogue, les participants s’entendent pour dire qu’il était nécessaire pour comprendre ce qui s’est réellement passé, et qu’une fin ouverte aurait été fâcheux.

Rédigé par : Saloria

Harry Potter and the Cursed Child de J.K. Rowling, Jack Thorne et John Tiffany

Harry Potter and the Cursed ChildHarry Potter and the Cursed Child
Auteur : J.K. Rowling, Jack Thorne et John Tiffany
Edition : Little, Brown and Company
Pages : 330

Résumé : 

Etre Harry Potter n’a jamais été facile et ne l’est pas davantage depuis qu’il est un employé surmené du ministère de la Magie, marié et père de trois enfants. Tandis que Harry se débat avec un passé qui refuse de le laisser en paix, son plus jeune fils, Albus Severus, doit lutter avec le poids d’un héritage familial dont il n’a jamais voulu. Le destin vient fusionner passé et présent. Père et fils se retrouvent face à une dure vérité : parfois, les ténèbres surviennent des endroits les plus inattendus.

Mon avis :

Quelle attente sans J.K Rowling, quelle excitation à l’annonce de la création de la pièce de théâtre, quelle impatience en attendant que le livre soit publié ! Et le voilà, finalement, enfin disponible, entre nos mains, offert à nos yeux gourmands. Quand j’ai reçu cet ouvrage, que j’avais bien entendu précommandé depuis des mois, je me suis littéralement jetée dessus. Je n’ai pas pu m’en empêcher : j’ai mis toutes mes autres lectures en pause, et zou. Un aller direct dans le monde merveilleux d’Hogwarts. Oui, je sais, en France on dit Poudlard. Mais là, le livre est en anglais, alors j’essaie de m’adapter.

Je n’ai pas vraiment eu d’appréhension avant ma lecture, comme ça a été le cas pour beaucoup. Je n’ai pas jugé cette nouvelle publication. En ce qui me concerne, l’auteur pourrait écrire dix ans des nouvelles aventures de la descendance de nos héros, ça ne me perturberait aucunement. Même, ça me ferait un grand plaisir. Mais bref.

Je me suis tout de suite attachée aux nouveaux personnages : Albus Potter bien sûr, et puis son tout nouvel ami (je vais essayer de ne pas donner de détails pour ne gâcher aucune surprise). Le ressort narratif qui donne sa dynamique à l’histoire – et même qui est à son origine- entre dans une thématique que j’ai toujours tenue en affection (malheureusement je ne peux pas dire de quoi il en retourne sans gâcher la surprise de l’histoire en elle-même).

En ce qui me concerne, la magie a opéré tout de suite. Chaque fois que des personnages déjà connus apparaissaient, j’étais ravie, émerveillée, aux anges. Il faut dire que pour moi, Harry Potter c’est comme pour d’autres Star Wars : un mythe. Et même, un mythe cher à mon cœur. Revoir tous ces personnages dont on pensait ne plus avoir de nouvelles dans un nouveau livre, c’est déjà pour moi une grande joie en soi.

Et évidemment, faire plus ample connaissance avec les enfants Potter et la petite Rose Granger-Weasley, tout autant.

J’ai trouvé les relations entre les personnages très intéressantes, souvent touchantes. C’est un plaisir de voir comment Harry, Ron et Hermione ont évolué. Comment leurs relations personnelles ou familiales peuvent être complexes, pas toujours parfaites. Comme dans son enfance, Harry n’a pas un vécu particulièrement facile de son statut de héros. Il n’est pas présenté comme meilleur que les autres, simplement comme un humain parmi tant d’autres, vivant sa vie de son mieux avec les cartes qu’il a dans les mains.

Une thématique qui traverse le livre de part en part et qui m’a beaucoup intéressée, c’est celle de la famille, du lien familial ; de l’héritage entre les pères et leurs fils, essentiellement (mais pas seulement). Nos liens avec nos ancêtres sont-ils un poids ou un atout ? Faut-il en être fiers ou chercher à s’en cacher ? La pièce nous montre la nécessité de connaître nos ancêtres, l’importance pour chaque enfant de se construire en sachant d’où il vient et quel est le sens de sa présence dans le monde qui l’entoure. Les enfants de l’histoire cherchent clairement à trouver leur place en se positionnant selon le rôle joué par leurs parents.

L’amitié est aussi essentielle, comme dans toute la saga Harry Potter. Dans les moments d’égarements, l’amour et la solidarité sont toujours des armes plus efficaces que la violence pure.

La seule chose que je pourrais déplorer est le fait que de grandes perspectives soient ouvertes, et trouvent finalement peu de réponses. J’ai cru pendant un moment que c’était le commencement d’une nouvelle saga, c’est pour dire. J’ai cru dur comme fer qu’il y aurait des suites, et à présent que ma lecture est achevée je n’en suis plus si sûre du tout.

On nous parle de prophéties, d’une menace bien particulière ; on nous parle de choses terrifiantes ; et j’ai l’impression que l’immersion dans le présent d’un élément dangereux, inattendu, dévastateur ne se produit pas réellement. Difficile une fois encore d’exprimer ce qui selon moi a manqué sans spoiler l’intrigue.

Malgré tout, l’ensemble est bien ficelé, j’ai trouvé l’histoire cohérente. Je ne me suis pas ennuyée, j’ai trouvé l’ensemble bien distrayant, avec juste ce qu’il faut d’éléments surprenants. Mention spéciale pour la scène finale, que j’ai trouvée particulièrement belle.

Harry and the cursed child, c’est selon moi aussi une histoire d’acceptation. Face à l’incompréhensible, face à la perte, confrontés à la mort de nos proches, on se trouve tous également désarmés ; magiciens ou non. De la même façon qu’Harry a perdu ses parents étant bébé, les autres personnages peuvent s’interroger sur les motifs qui justifient que telle personne soit disparue, et telle autre toujours en vie. A tel point que leur perception de leur propre identité va être remise en jeu, leurs actes s’adapter à l’empreinte qu’ils souhaiteraient laisser sur le monde.

J’espère qu’un film sera tiré de cette pièce. Je suis sûre qu’il pourrait être aussi bon que les précédents, et peut-être même meilleur.

Je recommande la lecture de ce livre, attendez au moins de l’avoir lu en entier avant de le critiquer négativement – j’ai cru comprendre que cette histoire faisait débat, alors qu’elle est inconnue de pratiquement tout le monde il me semble, du moins en France.

Bon voyage en compagnie d’Albus Potter !

Je viens d’Emmanuelle Bayamack-Tam

Je viensJe viens
Auteur : Emmanuelle Bayamack-Tam
Edition : Gallimard (Folio)
Pages : 432

Résumé :

Un roman comique qui mouline les sujets qui fâchent, le racisme qui a la vie dure, la vieillesse qui est un naufrage, et les familles que l’on hait. Charonne – personnage récurrent des romans de l’auteur – chamboule l’ordre des choses : ce qui est aussi un crime contre l’humanité. Abandonnée deux fois (par ses parents biologiques puis par ses parents adoptifs), grosse, noire (ou perçue comme telle), Charonne va imposer sa vitalité irrépressible et la force agissante de son amour.
D’abord sur Nelly (la grand-mère) qui raconte sa vie in extremis, entre ressassement et déploration. Et aussi sur Gladys (la mère) qui, parce qu’elle cherche à justifier son incapacité à vivre, produit un discours vindicatif et furibond qui tient souvent du délire. Je viens, c’est la proclamation par Charonne de sa volonté de redresser les torts, de parler contre les lois ineptes, de faire passer sur la maison borgne comme un souffle de bienveillance qui en dissiperait la léthargie et les aigreurs.

Mon avis : 

Il y a des livres qui restent temporairement dans nos mémoires de lecteur, et d’autres qui  laissent une empreinte durablement  dans nos esprits. En ce qui me concerne, Je viens appartient définitivement à la seconde catégorie.

C’est un livre dont l’écriture est virtuose, délicate et riche. Le ton peut être parfois tour à tour précieux ou familier. Ce qui m’a énormément plu, c’est qu’on y trouve des remarques sur la psychologie humaine d’une grande finesse, intelligentes et riches. L’écriture y est parfaitement maîtrisée, pour dépeindre des souffrances qui se côtoient, des destins qui s’entrelacent sans que l’empathie ne permette aux différents personnages de se comprendre les uns les autres.

Un des thèmes qui revient souvent et que je trouve très intéressant, c’est le rapport au corps, et ce sous l’angle féminin. Par exemple, ni Charonne (la petite fille adoptive ) ni Nelly ( la grand-mère) ne peuvent voir leur propre beauté, ce qui fait sans doute le charme de la première mais achève de désespérer la seconde. Charonne est une enfant non voulue, adoptée et initialement désirée par ses parents adoptifs, tout comme la poupée dont elle était censée porter le nom « Alice ». Mais ses parents adoptifs se sont sentis trompés par la marchandise, car à l’orphelinat, la petite était malingre à cause d’une allergie au gluten. Elle devait passer beaucoup de temps enfermée. Sitôt qu’elle a été requinquée par une alimentation adaptée et  qu’elle a bénéficié des bienfaits du plein air, elle s’est révélée en tant que « négresse » bien en chair, ce qui lui a valu le rejet instantané de ses parents adoptifs – qui iront même jusqu’à tenter de la ramener au Foyer dont elle vient, alors que la petite était alors âgée de six ans.

Le texte est divisé en trois actes, un par personnage. Ce choix donne une force particulière au récit, une dynamique aussi.  En découvrant les points de vue de personnages différents, on peut mettre le doigt sur les incohérences et les moments de mauvaise foi. Chacun cherche à se dédouaner de ses travers, à oublier ses torts de façon souvent lâche et peu glorieuse ( du moins en ce qui concerne les adultes).

Nelly, la grand-mère, est prise au piège de sa propre vanité, son amour pour elle-même a complètement envahi et dominé sa vie, a orienté ses choix et ses relations avec son entourage.

Gladys, la fille de Nelly, n’a que griefs pour tous ses proches –à l’exception de son compagnon qui trouve la plupart du temps grâce à ses yeux-. Elle  reproche à sa fille exactement ce que sa propre mère lui a reproché à elle : des changements physiques non souhaités (par la mère), un comportement non-conforme à celui attendu ; car après tout, dans ce monde de femmes égoïstes, on désire de toutes façons une petite poupée belle et docile, une petite copie de soi-même en version idéalisée. Bref, tout mais pas une vraie personne. Totalement inconsciente de devenir à son tour ce même bourreau indifférent et intransigeant qu’elle avait vu en sa propre mère, elle se retrouve prise au piège de ses propres délires, de ses peurs devenues pour elle grandes vérités, de ses aigreurs, de sa vision noire et noircie du monde qui l’entoure.

Car Gladys est paranoïaque. Elle est constamment persuadée que chacun des choix de ses proches  est fait pour lui nuire (tandis que sa mère, Nelly, nourrit parfois exactement les mêmes pensées en sens inverse).

Le mythe de la famille heureuse est piétiné et disloqué complètement : de parents incapables d’aimer aux enfants aigris et vindicatifs, de pères infidèles en maîtresses agressives, on assiste à un constat cynique et sans appel, mais aux accents de vérité d’une cruelle acuité. On a parfois le sentiment de découvrir une galerie de monstres accablés par leurs erreurs et leurs désillusions, jusqu’à ployer douloureusement sous leur poids.

Je viens nous montre comment l’absence de communication et les non- dits peuvent devenir dévoration, gâcher des vies entières. Et dans le même temps, le récit illustre de quelle façon la faculté de voir le bon en l’autre au lieu de chercher la petite bête peut être salvatrice et précieuse. Une lecture tellement enrichissante, que je suis persuadée que je renouvellerai l’expérience en lisant ce livre à nouveau !

Je tiens à remercier encore de tout coeur les éditions Gallimard, qui m’ont sélectionnée pour recevoir en partenariat cet ouvrage d’Emmanuelle Bayamack-Tam, un auteur que je ne connaissais pas et qui pourtant écrit merveilleusement bien. Cela a été un honneur pour moi, donc merci encore. Ce serait un plaisir d’être à nouveau en contact pour un nouveau partenariat.

La Ligue des enfants extra ordinaires de Gitty Daneshvari

La Ligue des enfants extra ordinairesLa Ligue des enfants extra ordinaires
Auteur : Gitty Daneshvari
Édition : Michel Lafon
Pages : 239

Résumé :

Quand les gens disent que “ les enfants sont l’avenir ”, ils ne pensent pas à moi. »
Jonathan Murray, 12 ans

Qu’est-ce que la Ligue des Enfants Ordinaires ? Eh bien, je suis ravi que vous me posiez la question. (Oh, vous n’avez rien demandé ? Vous l’auriez fait à un moment ou à un autre, et je déteste perdre mon temps.) Nous formons un réseau secret d’espions composé des enfants les plus quelconques du pays, ceux qu’on oublie complètement. Pourquoi des enfants banals ? Pourquoi pas des surdoués ? Ou des sportifs ? Ou des reines de beauté ? Parce que les gens n’oublient pas ces derniers, alors qu’ils nous oublient, nous. Et vous savez pourquoi ? Parce que nous nous fondons dans le décor. Nous évoluons dans l’angle mort du monde.

Mon avis : 

J’ai eu la chance de recevoir ce livre en cadeau de la part des éditions Michel Lafon, dans le cadre d’un partenariat. Je tiens donc à les remercier chaudement pour la confiance qu’ils m’ont témoignée; et je serais ravie si l’occasion se représente, de renouveler l’expérience.

J’étais curieuse de lire ce livre, l’ambiguïté du titre laissant libre cours à l’imagination… En quoi consiste cette ligue des enfants extraordinaires ? Comment les héros vont-ils s’y retrouver embrigadés ? Quelle mission va leur être confiée ? Je me suis donc plongée dans la lecture dès la réception de l’exemplaire !

Dans le monde dans lequel vivent Jonathan et Shelley, le culte de la médiocrité est poussé à l’extrême, à tel point que l’imbécilité devient source d’éloges ; même chose pour l’ignorance. Ils apprendront qu’ils ont été sélectionnés par la ligue pour leur capacité à être si passe-partout que personne ne peut garder le moindre souvenir de leur présence à un évènement, ou de leur passage quelque part. L’invisibilité surgissant de l’insignifiance, voilà donc une faculté qui peut s’avérer bien utile dans les sphères de l’espionnage !

Les deux jeunes gens ne possèdent donc aucune qualité particulière : ils ne s’illustrent ni par leur courage, ni par leurs connaissances ; ils ne parlent aucune langue étrangère, etc. Tout à l’avenant. En un mot, ils ne possèdent aucun atout au sens où on l’entend habituellement.

J’ai trouvé amusant que leur absence de curiosité donne lieu à un comique de répétition : lorsque Hammett Humphries leur dit «  je suis content que vous me posiez la question », par exemple, alors que bien entendu ils n’ont rien demandé, on ne manque pas de ressentir le grotesque de la situation. Le personnage d’Arthur Pelton est celui qui est à l’origine de la catastrophe qui amorce le récit, c’est le plus catastrophique de tous. Et pour cause, il a ouvert les grilles de la maison blanche à un ennemi surnommé le phoque car le matin même, sa fierté avait été piquée à vif quand sa femme lui a fait remarquer que l’emploi qu’il exerçait aurait pu être effectué par n’importe quel animal… même par un phoque.

Ce personnage totalement ridicule semble tout droit sorti du film Idiocracy, proposant par exemple d’appâter le phoque avec des sardines tout en sachant que ça n’a aucun sens, arguant qu’avec un tel surnom, le personnage est forcé d’aimer le poisson !

Entre le rire et l’action, on n’a pas le temps de s’ennuyer avec cette lecture. L’humour est omniprésent – Jonathan et Shelley forment un vrai duo de Johnny English en culottes courtes-  .

La parodie de cérémonie avec le recrutement des deux enfants au sein de la ligue est aussi particulièrement cocasse. Il y est souligné que la ligue met un point d’honneur à ce que ses agents se montrent moyens en toutes circonstances.

Shelley accepte difficilement d’être aussi quelconque ; elle n’a de cesse de tenter de prouver son intelligence et son à –propos en usant de remarques choisies avec soin mais qui tombent souvent à plat, tout en étant parfois très drôle («  Quand une porte se ferme, vérifie si l’alarme est branchée et ensuite casse un carreau »).

Un autre élément qui m’a plu est qu’en début de chaque chapitre, on trouve de vraies-fausses citations d’enfants médiocres, parfois vraiment bien trouvées ! L’aspect comique du roman est accentué par les illustrations, enfonçant le clou dans le ton drolatique.

Le seul regret que je pourrais énoncer est celui que l’intrigue ne soit pas davantage développée, qu’elle trouve sa conclusion aussi rapidement ; mais c’est sans doute habituel dans un roman jeunesse.

Finalement, le livre est distrayant à souhait et agréable pour un moment de détente estival, je pourrais le recommander aux adeptes du genre.